|
Sous la Pax Romana de l'Empereur Auguste (27 av.J.C -14 ap.J.C) huit colonies Romaines sont établies en Pisidie et Antioche de Pisidie et Sagalassos deviennent les centres urbains les plus importants. La province est progressivement latinisée et le latin restera la langue officielle de la région jusqu'à la fin du IIIe siècle ap.J.C. À la même période, la construction d'un bon réseau routier par Auguste, dont la via Sébaste reliant Antioche de Pisidie avec les ports Pamphyliens comme Pergé (aujourd'hui Aksu), qui traverse le territoire Sagalassien ouvre des possibilités inattendues pour la ville.
Le territoire de Sagalassos est extrêmement fertile, avec une production excédentaire de céréales et d'olives. Elle possède aussi un sol dont la présence de très bons lits d'argile permet une production industrielle de la céramique de haute qualité. La cité va alors exporter tous ces produits via ce nouveau réseau routier. Rapidement, l'élite des propriétaires terriens locaux réalisent le potentiel économique de la nouvelle situation politique et immédiatement embrassent la cause Romaine. La ville continue de s'étendre et au cours des trois premiers siècles de l'époque impériale, la zone urbaine va doubler en taille, tandis que le centre-ville est rénové avec des monuments publics somptueux.
Sous Tibère (14-37 ap.J.C) une porte monumentale est érigée à l'entrée Sud de la ville. L'agora supérieure est rouverte, réorientée et entourée par des monuments dédiés à l'aristocratie locale et la famille impériale. Sous le règne de l'Empereur Claude (41-54) les membres de certaines de ces familles aristocratiques deviennent citoyens Romains. La période de prospérité et d'activité de construction atteint son apogée pour la ville avec le règne de l'Empereur Hadrien (117-138) et se poursuivra jusqu'au début du IIIe siècle. Pendant cette période, l'élite locale utilise la construction de monuments comme moyen de représentation et de promotion sociale.
Au IIe siècle un riche citoyen de la ville, Titus Flavius Neon, finance la construction d'une grande bibliothèque à laquelle s'ajoutera une superbe mosaïque au IVe siècle. Cette bibliothèque est aujourd'hui partiellement reconstituée par le travail des archéologues. De cette façon, l'élite embellissait la cité avec des monuments où toute la population pouvait en profiter. On ne compte pas moins de quatre nymphées monumentaux, la bibliothèque, un marché alimentaire etc... Avant la fin du IIe siècle, Sagalassos a ses premiers Sénateurs et voit l'achèvement de ses plus importants monuments comme les thermes Romains, qui sont construits sur une surface de plus de 10 ha, un théâtre et un sanctuaire dédié à Hadrien.
Même lorsque l'Empire Romain entre en crise, en 235 ap.J.C après la mort de l'Empereur Alexandre Sévère, avec la succession rapide des Empereurs et une instabilité sociale au bord de la guerre civile, le Sud-ouest de l'Anatolie et en particulier la Pamphylie et la Pisidie continue de prospérer, en raison en grande partie de son importance stratégique, comme avant-poste pour des interventions militaires en Méditerranée orientale. Au cours du IIIe siècle, un grand nombre de troupes et la flotte Romaine prennent cantonnement en Pamphylie à Sidé sur le golfe d'Antalya (Actuellement Side ou Selimiye).
Cette nouvelle possibilité économique pour les villes du Sud de la Pisidie, qui s'enrichissent de la vente de céréales et de l'approvisionnement des troupes, entraîne une nouvelle explosion de la construction dans les cités qui va durer tout au long du siècle. Sagalassos, cependant, profite à un degré moindre de cette situation et l'activité de construction semble avoir été remplacée par l'organisation de jeux (Agones) portant les noms de leurs fondateurs. |
|
Lors de la légalisation du Christianisme sous l'Empereur Constantin (305-337) Sagalassos va jouer un rôle important. Elle devient un évêché au cours de ce IVe siècle et est représentée au premier concile de Constantinople en 381. Un nombre croissant d'adeptes de la nouvelle religion réclame une plus grande place dans la société. Les tensions qui en découlent entre les Chrétiens et les païens, apparemment vers l'an 400, débouchent sur la destruction des édifices considérés païens par les Chrétiens comme : La bibliothèque récemment restaurée et le gymnase, à l'Est du théâtre, qui est complètement démantelé par les autorités municipales.
La montée en puissance de l'Église est également démontrée par la construction au début du Ve siècle d'une basilique dans la cour de la salle du conseil, ancien bouleutérion. En dehors de la montée en puissance de l'Église, l'Antiquité tardive dans la région a vu l'émergence d'une élite provinciale formant une petite mais très puissante aristocratie. Leur attachement à la cité a diminué à mesure qu'ils devenaient de plus en plus préoccupés par leur fortune personnelle au travers de leurs terres disséminées sur toute la province et de leur palais. Ce que l'on appelle aujourd'hui dans partie orientale de la cité, la zone intérieure et qui est en cours de fouille, a été un de ces palais. Des signes de tensions externes apparaissent également autour de 400, lorsque des mercenaires se révoltent lors de raids d'Ostrogoths et d'Isauriens.
Il devient alors urgent dans toute la région de fortifier lourdement par des murailles la plupart des villes. À Sagalassos la construction de ce mur, a largement suivi le plan de celui érigé à l'époque hellénistique. Toutefois, la campagne de la ville est restée très densément peuplée à en compter le nombre de villages plus grands et mieux protégé situés à proximité de sources d'eau en haute altitude.
À partir de 500 va commencer une période difficile pour la cité où elle va être touchée par une série de calamités. En 518, elle est partiellement détruite par un tremblement de terre, mais les habitants étaient apparemment encore nombreux et assez riches pour reconstruire la plupart des dommages. Après le milieu du VIe siècle le système économique va commencer à se désintégrer à la suite d'une combinaison de facteurs, mais en partie du fait de la peste qui de 541 à 543 anéantit près de la moitié de la population de l'Asie Mineure. La réduction de la main-d'œuvre amène la pénurie alimentaire, aggravée par des mauvaises récoltes. De vastes zones de la ville doivent être abandonnées. Enfin, un nouveau tremblement de terre vers l'an 590 rase presque complètement la ville qui était alors déjà en grande partie abandonné.
Le peu d'habitants survivants vont se réfugier dans la vallée (aujourd'hui Ağlasun) à 7 km. Après cet événement, il semble y avoir un statuquo dans l'occupation de la ville, bien que l'enterrement des morts y ait continué d'avoir lieu, dans les décombres du tremblement de terre, près de l'ancien temple d'Apollon Klarios, qui avait alors été transformé en basilique. Suite à des études récentes, certains spécialistes suggèrent que la région n'a pas été dépeuplée, mais qu'elle est passée à un mode de vie pastorale. Toutefois Sagalassos a progressivement été attaquée par l'érosion et enfouie sous plusieurs mètres de terre. Elle est le dernier bastion de la culture de l'Empire Romain d'Orient.
Les fouilles |
|
Les premières découvertes archéologiques de la cité remontent à l'automne 1706 lorsque l'explorateur Paul Lucas visite les ruines impressionnantes de la ville, qu'il prend pour les ruines de différents châteaux. Il faudra attendre un siècle plus tard, en 1824, que l'aumônier et antiquaire Britannique Francis Vyvyan Jago Arundell explore le site et déchiffre une inscription pour identifier la cité comme Sagalassos. Il fait également un croquis des ruines. Dans les décennies suivantes Sagalassos sera visitée par peu de voyageurs occidentaux connus. L'enquête approfondie et une première description des vestiges de la cité sont réalisées en 1884 et 1885, par une équipe Autrichienne dirigée par le Comte Polonais Karl Liandkorskyi (ou Lanckoronskiqui) qui explore les villes en ruines de la Pisidie et la Pamphylie.
Il produit la première carte de Sagalassos et enregistre quelques-unes de ses inscriptions qui étaient visibles en surface, mais il n'a jamais terminé son enquête. Au siècle suivant, grâce aux travaux de Liandkorskyi, les vestiges archéologiques de la Pisidie et par conséquent Sagalassos vont recevoir un peu plus d'attention, bien que les expéditions seront à petite échelle et effectuées de temps en temps dans la région.
L'exploration systématique de la région va seulement commencer en 1982, avec un projet Anglo-belge dirigé par Stephen Mitchell, qui visait à l'étude des vestiges à la surface, de tous les sites antiques de la région. Une attention toute particulière est accordée à Antioche de Pisidie, où les résultats préliminaires indiquent immédiatement la négligence scientifique apportés à la région. En 1985, l'équipe Britannique est rejointe par Marc Waelkens, qui effectue une première visite à Sagalassos et qui confirme l'énorme potentiel de recherche archéologique de la ville.
Quatre autres campagnes suivent sous la supervision de Waelkens et Mitchell. Après une fouille de sauvetage une première fois en 1989 dans le quartier des potiers, des fouilles à grande échelle sont lancés en 1990/91. Elles mettent au jour deux agoras, une supérieure et une inférieure. L'agora inférieure est fouillée par environ 80 assistants locaux et 120 membres du personnel académique. En 1992, Waelkens commence l'excavation de l'agora supérieure. Le long du mur Nord son équipe met au jour une fontaine monumentale avec de magnifiques sculptures. Les objets aujourd'hui restaurés sont exposés au musée de Burdur. Il excave également une grande bibliothèque construite par un riche citoyen de la ville, au IIe siècle, Titus Flavius Neon, en mémoire de son père. La bibliothèque avait été détruite par le feu. Sont aussi fouillées et mis au jour : Les ruines d'un temple en l'honneur de l'Empereur Hadrien, commencé et inauguré sous l'Empereur Antonin le Pieu, ce temple semble avoir été converti en église épiscopale au cours du Ve siècle, et un théâtre Grec avec une partie Romaine qui décrit un demi-cercle et pouvait contenir près de 9 000 personnes. En 1997 est mis au jour sur un plateau naturel, dans la partie occidentale de l'agora inférieure, un bâtiment qui servait de salle du conseil, le bouleutérion (Bâtiment où se réunissait la Boulé, le conseil, une assemblée restreinte de citoyens chargés des affaires courantes de la cité). Depuis lors, le site et son territoire est devenu la cible d'un projet de recherche à grande échelle interdisciplinaire sous la supervision de Marc Waelkens et de la Katholieke Universiteit Leuven. Le centre ville monumental a été mis au jour et quatre grands projets de restauration sont presque terminés.
Les recherches portent aussi sur une étude géophysique du centre urbain, les fouilles dans les secteurs domestique et industriel et une prospection intensive du territoire. Les résultats de la première enquête avaient donné une occupation du site sur plus de mille ans, d'Alexandre le Grand (336-323) au VIIe siècle, alors que ces derniers travaux établissent les types de peuplement et leur évolution, l'histoire de la végétation et les pratiques agricoles, la formation du paysage et les changements climatiques au cours des 10.000 dernières années. Le 9 août 2007, la presse a rapporté la découverte d'une statue colossale de l'Empereur Hadrien (117-138) qui faisait dans les 4-5 m de hauteur.
La statue date de la première partie du règne d'Hadrien et dépeint l'Empereur en costume militaire. Elle a été sculptée par sections et assemblée avec des tenons de marbre sur le site, qui était un bain public. Le séisme majeur de 590 avait fait écrouler la voûte du bâtiment et la statue d'Hadrien avait été écrasée. Le 14 août 2008, la tête de la statue de Faustine l'Ancienne, l'épouse de l'Empereur Romain Antonin le Pieux (138-161) son successeur, a été découverte dans le même bâtiment. Le 22 août 2008, une autre tête colossale a été trouvée, représentant Marc Aurèle (161-180). |























