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Quelques  Grandes  Villes :

Saïs

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Sommaire

 

  Noms et localisation

▪  Les légendes

▪  L'histoire de la cité

▪  Archéologie sur le site

▪  La religion dans la cité

▪  Bibliographie

Vu d'une partie

du site -

Au fond le village de Sa el-Hagar 

 

 

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                                    ou   Saou   ou   Sau

Saou   saw

 

 Noms  et  localisation

 

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Autre vue du site - Sud-ouest de l'enceinte

   Saïs (En Grec : Saïs ou Σάϊς, ou Sa ou Saou ou Zau ou Sau en ancien Égyptien) se situait sur la branche Canopique du Nil dans le Delta occidental. Elle est identifiée de nos jours au site du village de Sa el-Hagar (ou Sah el-Haggar, ne pas confondre avec Sân el-Haggar qui est le site de Tanis), à l'Ouest de Samannūd (Sebennytos). Saïs est la capitale du 5e nome de Basse-Égypte, le nome "supérieur de Neith" ou "la cible du Nord" (nt mHt). Elle va devenir le siège du pouvoir durant les XXIVe (727-715) et XXVIIIe dynastie (404-399) et être le berceau de la XXVIe dynasties (664-525). C'est à l'époque de cette dernière que Neith devient la Déesse protectrice de la ville, mais son culte est attesté dès la Ière dynastie (v.3040-2828). La cité vénérait aussi la Déesse Isis, qui y avait un magnifique temple.

 

    Il n'y a aujourd'hui aucune trace de cette ville avant de la fin du Nouvel Empire (1549-1080), soit vers 1100, en grande partie en raison de la destruction massive de la ville par les chercheurs de Sebakh (Terme utilisé pour décrire des matériaux organiques décomposés qui peuvent être utilisés à la fois comme engrais agricole ou comme combustible) qui ont largement fait disparaître tout ce qui était en briques crues, ne laissant qu'un peu de blocs in situ. Saïs était une des étapes principales des fêtes liées au couronnement ou au jubilé du Roi, la fête-Sed.

 

 

Légendes

 

   C'est dans le temple d'Isis que Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125) indique que sur le tombeau de la Divinité on trouve l'inscription à l'origine de la légende du Voile d'Isis : "Je suis tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera et aucun mortel n’a encore osé soulever mon voile". Selon Platon (Philosophe Grec, 427-346), dans le Timée, des Prêtres de Saïs auraient confié à Solon (640-558, homme d'état Athénien) le secret de l'Atlantide. Les Grecs, comme Hérodote (Historien Grec, v.484-v.425), Platon (Philosophe et mathématicien Grec, 427-346) et Diodore de Sicile (Historien et chroniqueur Grec, v.90-v.30 av.J.C), dans leur écrits, ont identifié Neith avec leur Déesse Athéna et il pensaient qu'il existait un lien primordial entre Saïs et Athènes. Diodore raconte qu'Athéna créa Saïs avant le déluge qui détruisit Athènes et l'Atlantide et que si toutes les villes Grecques furent détruites pendant ce cataclysme, les villes Égyptiennes, y compris Saïs, survécurent.

  

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Psammétique I, XXVIe dynastie -  Musée du Louvre

 

 

L'histoire.......

 

   Le résultat de campagnes de fouilles récentes a révélé que la cité existait déjà aux temps néolithiques. Un niveau archéologique contenant des céramiques et autres artefacts confirme que Saïs était dès cette époque un centre urbain important. Elle est connue dès le début de l'histoire Égyptienne, on a retrouvé des étiquettes en bois liées au Roi Horus Aha (v.2995-2974, Ière dynastie). Elles décrivent sa visite dans la cité. Il fut peut-être le premier à faire ériger dans la ville un temple consacré à la Déesse Neith. L'ascension politique de Saïs va être tardive, car il n'y a plus aucune trace de la cité avant la fin Nouvel Empire (1549-1080), soit vers 1100.

 

   C'est surtout à partir de la deuxième moitié de Troisième Période Intermédiaire (1080-656) que Saïs va jouer un rôle politique important, comme d'ailleurs d'autres cités du Delta, tels que Tanis ou Bubastis. Sous la XXIe dynastie (1070/69-945) les militaires Libyens étaient devenus un facteur politique important, particulièrement les militaires descendants d'anciens prisonniers de guerre Libyens, les Méchouech (ou Meshwesh ou Mâ).

 

    Ils s'étaient installés partout dans le Delta, des colonies importantes existaient à Saïs, Mendès et à Bubastis et ils détenaient la force armée du royaume. Leurs chefs deviennent très puissants et un de ceux-ci, Sheshonq I (ou Chechanq, 945-924), profite de l'anarchie dans lequel le pays est tombé à la fin de la XXIe dynastie (945-715) et fonde la XXIIe dynastie (945-715).

   La rivalité dynastique et les compétitions entre différentes lignées de Rois pour le trône, plus la coexistence de plusieurs "royaumes", Thèbes, Héracléopolis, Hermopolis Magma qui vont se créer, vont affaiblir la dynastie et amener à la guerre civile. En 818, la XXIIe dynastie, installée à Tanis, perd le contrôle du Delta central au profit d'une autre chefferie Libyenne. Le leader de celle-ci, un Prince Bubaste, Pétoubastis I (ou Padibastet I, 818-793), profite de ce cahot et des conflits de succession en l'an 8 de Sheshonq III (825-773) pour se faire couronner Roi de Léontopolis (ou Taremou "la terre des poissons"). Il fonde la XXIIIe dynastie qui règnera parallèlement à la précédente et se fait reconnaître par Héracléopolis, Memphis et Thèbes. Son autorité, comme celle de ses successeurs jusqu'à Osorkon III (787-759), est reconnue par les chefferies Mâ de Mendès et de Saïs.

 

 

Néchao II, XXVIe dynastie - Brooklyn Museum

   Cependant sous Takélot III (759-757), fils et successeur d'Osorkon III, cette chefferie Mâ, constituée à Saïs vers 767 et dirigée par un Osorkon, étend son pouvoir : Vers l'Ouest au détriment des chefs Libyens, vers le Nord en s'emparant de la ville de Bouto et vers le Sud en direction de Memphis. Takélot III ne contrôle plus alors que la Haute-Égypte. Á partir de ce Roi et de son homologue de la XXIIe dynastie, Sheshonq V (ou Chechanq, 767-730), ce sera la décadence complète de la puissance Libyenne et, en 747, sous le règne de Sheshonq V et de Ioupout II (754-715, XXIIIe dynastie) plusieurs petits royaume vont  se  créer  dans  le  pays :

 

Héracléopolis, Hermopolis Magma et Lycopolis (Assiout). Les Chefs de Saïs, pour quelques temps feront allégeance au royaume d'Hermopolis Magma afin de préserver la cité. À cette date, le pays est alors partagé entre cinq Rois : Sheshonq V à Tanis, Ioupout II à Léontopolis, Payeftjaouembastet (747-720) à Héracléopolis, Nimlot III (747-725) à Hermopolis Magma et Padimenti I (747-715) à Lycopolis (Assiout). Les provinces et royaumes du Nord (des "grands chefs") reconnaissent, au mieux, la suzeraineté d’un de ces Roitelets.

 

   À cette confusion générale il faut ajouter l'invasion du Sud du pays par les Kouchites de Napata. Un de leur Roi Kachta (760-747) se fait reconnaître comme "Roi de Haute et Basse-Égypte, fils de Rê, Seigneur des Deux Terres" à Éléphantine et fonde la XXVe dynastie. Son fils Piânkhy (ou Piye, 747-716) part avec son armée de sa capitale Napata et place rapidement sous son contrôle toute la Thébaïde. Puis il se fait couronner à Thèbes et devient "l'Horus qui a unifié les Deux Terres". Il y nome sa sœur Aménardis I comme Divine Adoratrice d'Amon (740-720) afin de mieux contrôler le clergé.

 

   Vers 730, le Prince de Saïs Tefnakht I (727-716) avec sa chefferie maître de Memphis, veut reconquérir le Sud du pays sur les Éthiopiens. Il réussit à unifier presque tous les nomes du Delta et devient Grand chef des Libous et des Mâ et Grand Prince des provinces Occidentales du Delta. Il tente alors de ranger sous sa domination la Moyenne-Égypte. Il prend la tête d'une coalition comprenant Ioupout II (XXIIIe dynastie) et Osorkon IV (730-715, XXIIe dynastie) pour essayer de contrecarrer la monté en puissance de Piânkhy. Il commence par faire le siège d'Hermopolis Magma, puis finalement fait aussi alliance avec son Roi Nimlot III.

 

                                                    Cette nouvelle force en marche met le siège devant Héracléopolis, mais la ville fait appel aux Nubiens. Tefnakht I et sa coalition perdent les batailles et il est refoulé dans le Delta par Piânkhy. Toutefois, il réussit quand même à en garder le contrôle depuis Saïs et, en 727, il fonde la XXIVe dynastie en se proclamant Roi et fait de la ville sa capitale. En 726, Piânkhy, qui ne peut accepter cette semi victoire, repart à la conquête du Nord. Il soumet Nimlot III à Hermopolis Magma et Payeftjaouembastet Roi d'Héracléopolis. Il fait ensuite le siège et prend Memphis. Après cette victoire tous les chefs Libyens se soumettent. Piânkhy poursuit la guerre contre Tefnakht I, qui finalement, devra reconnaître la suzeraineté du Roi de Napata et il lui versera un tribu afin de sauver sa ville.  

 

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Apriès, XXVIe dynastie -

Musée du Louvre

   Dans celle-ci, en 716, Bakenranef (ou Bocchôris, 716-715), fils Tefnakht I, arrive au pouvoir. Il hérite du contrôle sur tout le Nord du pays et s’impose comme le Pharaon à Saïs. Il est reconnu aussi par Memphis, Tanis et Héracléopolis, mais il doit lutter contre Padimenti de Lycopolis (Assiout) qui s'oppose à son pouvoir et il reste sous la suzeraineté des Rois de Napata de la XXVe dynastie. Il tente comme son père de mener le combat contre ces derniers, mais il va finalement être vaincu par le Roi de Napata Chabaka (ou Shabaka, 716-707/6) qui refait à son profit l’unité du pays. S'en est fini de toutes ces petites dynasties qui gouvernaient le pays, les Kouchites restant seul maître du pouvoir.

 

   Manéthon rapporte que Bakenranef a été capturé et brûlé vif par Chabaka, ce qu’aucun document ne vient confirmer. Certains égyptologues avancent qu'a sa mort, Bakenranef était en négociation avec les Assyriens pour qu'ils lui viennent en aide contre les Nubiens, car la fin de son règne coïncide avec l'invasion des Assyriens en Asie. En 716, l'Empereur Sargon II (722-705) avait atteint El-'Arish à la frontière Palestino-égyptienne. Chabaka, qui a maintenant un contrôle sur le pays et toute la vallée du Nil, du Dongola Soudanais à la Méditerranée, ayant du mal à assurer sa légitimité sur tout le pays va se chercher des soutiens.

    Il nomme "Gouverneur" (ou Régent) de Saïs, Ammeris le Nubien (715-695). Ce dernier et ses deux successeurs, Stephinates (ou Tefnakht II, 695-688) et Nechepso (ou Nekaub, 688-672) annoncent les prémices de la future dynastie Saïte. Les Assyriens sont menaçants aux portes du Delta Oriental et les Rois de Napata ne vont pas garder l'Égypte très longtemps. Une première attaque sur le Delta se produit en 701, mais l'Empereur d'Assyrie Sennachérib (705-681) se retire, rappelé par des problèmes en Babylonie, sans parvenir à entrer en Égypte. Puis les Assyriens attaquent l'Égypte de nouveau vers 677, mais l'Empereur Assarhaddon (681-669) écourte la bataille pour mater une rébellion au Nord de son Empire. En l'an 17 de son règne Taharqa (690-664) subit une nouvelle attaque des Assyriens, qui avant d’arriver en Égypte ravagent la Palestine. L'Empereur Assarhaddon prend la ville stratégique d'Ascalon (Ashkelon) aux portes du Delta.

 

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Taharqa, XXVe dynastie -

Musée de Nubie - Assouan  

   En 672 l'Assyrie lance à nouveau toute son armée contre l'Égypte. Assarhaddon nettement plus fort militairement s’empare du Delta, de Memphis et assoit son autorité jusqu'à Assouan. La XXVe dynastie va être balayée du fait de ce nouvel envahisseur. Les premiers souverains Saïtes profitent de la présence des Assyriens qui leur est favorable et de la fuite des Kouchites pour se rendre indépendants à Saïs à partir de cette date. Néchao I (672-664) se voit confié le royaume par ceux-ci et son fils Psammétique I (664-610) est nommé à la tête de l'ancien royaume d'Athribis (ou Het-ta-hérieb ou Tell-Athrib, cité du Delta). Les Saïtes prennent ainsi le pouvoir avec l'appui et la reconnaissance des envahisseurs. Les Assyriens repartis, Tanoutamon (664-656) nouveau Roi de Napata reprend la lutte et reconquiert la Haute-Égypte. Il se fait couronner Pharaon dans le temple d'Amon du Gebel Barkal et s'engage immédiatement dans une campagne militaire contre Néchao I. Il assiège et prend Memphis et Néchao I meurt au cours de la bataille. Psammétique I qui lui succède garde cependant la main mise sur la Basse-Égypte où il avait obtenu la soumission des différents Princes locaux du Delta et d'Héracléopolis.

 

    La victoire de Tanoutamon sur son père est de courte durée, sa reconquête de Memphis impose aux Assyriens de prendre des sanctions. L'Empereur Assurbanipal (669-626) lance un corps d’armée contre l'Égypte et la cité retombe aux mains des Assyriens. Tanoutamon se réfugie à Thèbes. Les Assyriens le poursuivent, et en 663, la ville est entièrement ravagée. Psammétique I profite de la déroute du dernier Pharaon Kouchite pour prendre, en 656, le contrôle de la région. Il se retourne alors contre ses ex alliés et réussit à expulser les Assyriens grâce à des mercenaires Lydiens, Grecs et Cariens et refait l'unité du pays.

 

    En mars 656, il expédie une flotte navale puissante qui annexe la région de Thèbes, que l'Empereur d'Assyrie Assurbanipal (669-626) avait ravagée et il y nomme sa fille Nitocris I, Divine Adoratrice d’Amon. Les Assyriens partis et le pays réunifié, Psammétique I réorganise l’administration, cependant au détriment de Saïs, c'est Memphis qui devient la capitale. Il se fera tout de même enterré dans la nécropole de Saïs, comme du reste ses successeurs. Psammétique I est pour beaucoup d'historien le véritable fondateur de la XXVIe dynastie (664-525).  

 

   Lors de cette dynastie on assiste aussi à un accomplissement artistique avec une certaine innovation. L’activité monumentale est importante à Memphis, où le Serapeum est agrandi. Les constructions sont nombreuses à l’intérieur du Delta, en premier lieu bien sur à Saïs où le grand temple de la Déesse Neith devient un des principaux centres culturels et religieux du pays. Il sera réputé dans tout le monde antique pour son école de médecine. C’est auprès de ce temple de Neith, qu'Hérodote (Historien Grec, v.484-v.425) apprendra la technique d'écriture des scribes. C’est également à cette époque que seront écrit un grand nombre de textes religieux et funéraires. Saïs est alors un foyer de civilisation si brillant que l’on a parlé de "renaissance saïte". La ville se verra dotée par les différents souverains de nouveaux monuments, comme : Apriès (589-570) qui fait aussi construire des obélisques pour le temple de Neith ou Amasis (570-526) qui prolonge ce dernier, érige des temples et des statues colossales. À cette époque Neith, la Déesse tutélaire de Saïs, supplante Amon comme premier Dieu de la monarchie.

 

   Comme les Kouchites de la XXVe dynastie, qui ont été balayés du fait d'un envahisseur, la dynastie Saïte va connaître le même sort. En Mésopotamie le pouvoir à changer de main il appartient maintenant aux Perses Achéménides. Ces derniers ont assujetti toutes les populations de Perse, de Babylonie, de Syrie / Palestine et d'Asie Mineure. Ils sont les maîtres du Golf Persique jusqu'à la méditerranée et sont maintenant aux portes de l'Egypte. À Suse, Cambyse II (528-522) succède à Cyrus II (549-528). Le Roi Perse marche sur l'Égypte au printemps 525 et écrase l'armée Égyptienne à Péluse. Il envahit ensuite le Delta, continu sa progression et fait le siège de Memphis. Psammétique III (526-525) après seulement six mois de règne est vaincu. Il capitule entraînant ainsi la soumission de tout le reste du pays. Cambyse II le déporte à Suse et le met à mort. C'est la fin de l'Égypte Saïte qui passe sous domination des Perses et devient une satrapie.

 

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Statuette d'Amasis, XXVIe dyn. - Metropolitan Museum

of Art

   Cambyse II fonde la XXVIIe dynastie (525-401) en se faisant instaurer Pharaon par le clergé de Saïs. La position stratégique de la ville de Saïs dans le Delta va permettre à ses Princes de se révolter efficacement contre les Perses. Un de ceux-ci, le Prince Amyrthée (404-399), sera de toutes les révoltes dès 411, menant des actions de guérilla dans le Delta occidental principalement autour de sa ville de Saïs. En 404, il va profiter de la mort du Roi Perse Darius II (423-404) et des luttes de succession entre Artaxerxès II (404-401) et Cyrus le Jeune pour commencer à expulser les Perses d'Égypte. Il fonde la XXVIIIe dynastie, dont il sera le seul Roi.

 

   Selon Isocrate (436–338, un des dix orateurs attiques), Artaxerxès II rassemble une armée en Phénicie sous le commandement d'Abrocomas pour reprendre l'Égypte, mais les problèmes politiques avec son frère Cyrus le Jeune l'empêche de continuer. Il laisse alors le champ libre à Amyrthée de se lancer dans la reconquête du pays. Il va prendre rapidement le contrôle de toute l'Égypte. En moins de quatre ans, son pouvoir est reconnu jusqu'à Éléphantine et Assouan. La ville de Saïs, va connaître alors une renaissance. Elle est magnifiquement embellie et devient la capitale et un prestigieux foyer des sciences sacrées.

   Le pays n'en est pas pour autant stabilisé, Néphéritès I (399-393), Prince de Mendès, une ville à l'Est du Delta,                                        fonde la XXIXe dynastie (399-380) en renversant Amyrthée. Le papyrus 13 du musée de Brooklyn, retraçant les chroniques Araméennes de la communauté Juive d'Éléphantine, indique qu'il prend le pouvoir en octobre 399, après l'emprisonnement et l'exécution d'Amyrthée à Memphis, mais rien ne laisse supposer qu'il y est eu d'autres luttes lors de cette prise de pouvoir. Néphéritès I continu la libération et la réunification de l'Égypte et la débarrasse de la domination des Perses, aidé par Sparte avec qui il a passé une alliance. La capitale et la résidence royale sont déplacées de Saïs à Mendès qui a une situation plus centrale, d'où le nom de Mendésienne souvent donné à cette dynastie.

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Amasis - XXVIe dyn. - Musée du Louvre 

   Saïs ne jouera plus de rôle politique mais reste très influente et continuera de croitre et de s'enrichir, notamment sous le règne Nectanébo I (380-362) de la dynastie suivante (XXXe dynastie, 380-342). Le Roi lors de sa réorganisation du pays peu de temps après son arrivée au pouvoir en 380, édicte de nouvelles lois par l'intermédiaire de décrets qui sont inscrits sur des stèles en granit, placées dans toutes les grandes cités du pays. Par un de ceux-ci, afin de s'assurer le soutien politique des Prêtres, il attribue au temple de Neith à Saïs un dixième de la dîme que collectait le comptoir Grec de Naucratis. Ce "décret de Naucratis" en fixait les taxes que chaque marchand étranger qui empruntait la branche Canopique du Nil, devait verser à la ville, ainsi que celles sur les produits fabriqués dans Naucratis.

 

    Assujettie à ce nouvel impôt Naucratis versera des sommes considérables au trésor pharaonique et à celui des Prêtres de Saïs. La stèle de Naucratis, découverte en 1899 dans la cité même, nous confirme comment cet argent fut récolté et affecté au temple de Neith de Saïs. C’est la création de la ville d'Alexandrie en 332, qui marque le début du déclin de Saïs, comme d'autre ville du Delta, la privant peu à peu de ses débouchés commerciaux. L'antique cité garde cependant son prestige et devient un véritable lieu de pèlerinage pour les philosophes, les penseurs et autres savants d'un monde désormais tourné vers la Méditerranée et l'Occident.  

 

L'archéologie  sur  le  site

 

   On sait que la cité existait dès les temps très reculés, on a retrouvé des étiquettes en bois liées au Roi Horus Aha (v.2995-2974, Ière dynastie) qui décrivent sa visite de la ville. Il fut peut-être le premier à faire ériger dans la cité un temple consacré à la Déesse Neith. Cependant, à aujourd'hui, il n'y a aucune trace mise au jour de la ville avant la fin du Nouvel Empire (1549-1080), soit vers 1100. Presque plus rien ne subsiste de la cité, même ses briques massives des murs de clôture ont été presque entièrement supprimés en grande partie en raison de la destruction massive de la ville par les chercheurs de Sebakh (Terme utilisé pour décrire des matériaux organiques décomposés qui peuvent être utilisés à la fois comme engrais agricole ou comme combustible) qui ont largement fait disparaître tout ce qui était en briques crues, ne laissant que quelques blocs in situ.

   Hérodote (Historien Grec, v.484-v.425), qui avait visité la ville, décrivait au Ve siècle av.J.C : Des grands obélisques, un lac sacré, des bâtiments tels que le Palais Royal, le temple de Neith, des statues et un naos de granit. L'égyptologue Labib Habachi, en 1942, suggère que la plupart des blocs trouvés à Rosette, dont la fameuse pierre de Rosette qui a fourni la clef pour le déchiffrement des hiéroglyphes, étaient originaires de Saïs. La majeure partie des informations que nous possédons sur le site viennent des écrits d'Hérodote et des textes religieux trouvés dans des temples Égyptiens d’autres villes et aussi grâce aux nombreuses statues de dignitaires, objets façonnés, stèles que l’on a retrouvé dispersés dans divers musées dans le monde entier. La plupart de ces derniers datent de la XXVIe dynastie.

 

   L’identification du site remonte à vers 1800, lors de l’expédition en Égypte de Bonaparte. En 1828, Jean-François Champollion sera un des premiers à le visiter et l'étudier. C'est lui qui déterminera l'emplacement du grand temple de Neith dans la grande enceinte dont les vestiges étaient encore visibles à son époque. Puis ce sera Karl Richard Lepsius, au milieu du XIXe siècle, qui fera un relevé plus précis de l'enceinte en ajoutant des proportions et commencera un inventaire des vestiges encore visibles.

 

Statue d'un Roi non identifié de la XXVIe dynastie trouvée à Saïs

   Il sera suivit par Auguste Edouard Mariette et Sir William Matthew Flinders Petrie qui effectuèrent les premiers sondages et revinrent quelques années plus tard commencer des fouilles, Cependant ils ne purent retrouver les ruines que Jean-François Champollion avait décrit quelques décennies auparavant, déjà à cette époque la plupart du site avait disparu du fait de la politique de mise en culture intensive du Delta du Nil. 

 

   Puis plus personne ne s'intéressera au site jusque dans les années 1950 ou quelques études archéologiques seront effectuées. Ce n'est vraiment que depuis 1997 que des recherches approfondies sont faites, par l'Université de Durham et l'Egypt Exploration Society, dirigées par Penelope Wilson. Le premier résultat de ces années de campagnes a révélé que la cité existait déjà aux temps néolithiques. Un niveau archéologique contenant des céramiques et autres artefacts offrants des similitudes avec ceux contemporains découverts sur le site de Bouto confirme que Saïs était déjà, en ces temps, un centre urbain important. Les fouilles nous ont également permis de dresser un plan de la cité à cette époque, qui, comme Bouto, possédait deux quartiers biens distincts qui se faisaient face au Nord et Sud.

    À son extension maximale elle s'étendait sur près d'1,5 km de long sur 500 m de large. Au Nord du site ont été mis au jour les restes d'une grande enceinte de forme carrée de près de 700 m de côtés. Elle comprend deux monticules dont le plus grand, Kôm Rebwa, fait plus de 300 m de long. Sur ce dernier les fouilles ont déterminé des niveaux d’occupation datant des XVIIIe (1549-1295) et XIXe dynastie (1295-1186) indiquant l’extension de la ville à cette période. Au Sud du site, à environ 250 m de la grande enceinte, se trouvent les ruines d'un gigantesque tell de presque vingt hectares dont les niveaux remontent à l’époque Saïte et au milieu duquel se trouve un lac. Les fouilles entreprises autour de celui-ci ont révélé plusieurs niveaux d'occupation tardifs et une grande structure en pierre comprenant un mur qui longe le lac.

   C'est le professeur Paul Schliemann qui entreprend les fouilles sur le site du temple de Neith. Il lui faudra creuser le sol pendant cinq mois pour mettre au jour les ruines de l’ancien temple de la ville. Entre autres choses, son équipe découvre une chambre funéraire construite pour "les grands musiciens" de l'époque. Dans ce tombeau, qui pourrait dater de la IIIe dynastie (2647-2575), sont dégagés un grand sarcophage ainsi qu’une collection d’instruments de musique, en bois, en porcelaine, et un en cuivre, dont : Des trompettes, des harpes et des flûtes. Paul Schliemann trouve aussi un papyrus, qui n’a pas encore été déchiffré, qui laisse penser aux égyptologues qu'il serait dans une langue musicale qui est inconnue jusqu'alors.

 

  Le sarcophage comporte une inscription en hiéroglyphes qui nous dit que les instruments de musique appartenaient à "l’orchestre" du temple de Neith et qu’ils ont été utilisés pour les cérémonies du couronnement du Roi Amenemhat I (1991-1962, XIIe dynastie). Parmi ces instruments, il y en a qui produisent des sons imitant : Le bruit du vent, le chant de certains oiseaux, le rugissement du lion ou encore le ressac de la mer.

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Statue de Oudjahorresne -

Musée du Vatican

  À part Schliemann aucune fouille de grande ampleur n’ayant jamais été effectuée, on ne connaît pas vraiment le temple de Neith malgré quelques pièces trouvées. Certaines indications nous confirment que ce temple, à la grande époque de la cité, a pu rivaliser en taille et en splendeur avec le grand temple de Karnak.

 

   Les fouilles du site de la ville ont également permis de mettre au jour divers éléments architecturaux et quelques statues datant pour la plupart de la Basse Époque (656-332) qui sont pour le moment exposés dans un petit musée en plein air sur le site ou dans les musées d'Europe. Notamment l'intéressante statue du Grand Prêtre de Neith, Oudjahorresne (ou Oudjahorresnet), préservée aujourd'hui au musée du Vatican, qui officiait à la fin de la XXVIe dynastie (664-525) et dont la tombe a été retrouvée au Sud du site d'Abousir. En 525 av.J.C, il devient chef médecin nommé par le Roi Perse Cambyse II (528-522). Sa statue nous a livré une autobiographie décrivant les monuments de la cité et sa demande au Roi Perse d'ordonner la restauration rapide des sanctuaires de la ville.  

 

   Pour plus de détail sur les fouilles depuis 1997 voir :

Le site de la mission archéologique - (EES/University of Durham)

    

 

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Neith - Musée du Louvre

 

La religion dans la cité

 

   La Déesse Neith, dont l'emblème était un bouclier avec deux flèches croisées, semble avoir eu un centre de culte à Saïs dès le début de la période dynastique. On a retrouvé des étiquettes en bois liées au Roi Horus Aha (v.3080-v.3055) de la Ière dynastie (v.3040-2828). Elles décrivent sa visite au sanctuaire du culte de Neith. Il fut peut-être le premier à faire ériger dans la ville un temple consacré à la Déesse. Au moins deux Reines de cette dynastie avaient des noms composés avec l'élément Neith, Neith-Hotep épouse du Roi Narmer/Ménès (v.3040-v.2995) et Merneith (ou Meret-Neith, v.2914-v.2900) épouse du Roi Horus Djet (2927-2914).

 

   Neith était une Déesse redoutable de la guerre, une Déesse créatrice, qui est représentée coiffée de la couronne rouge de Basse-Égypte, ce qui suggère qu'elle a été étroitement associée à cette région. Les Grecs ont identifié Neith avec Athéna, une autre Déesse guerrière. Le sanctuaire de Neith était réputé et l’on y célébrait chaque année la fête des Illuminations. Des représentations de ce sanctuaire se retrouvent sur les parois de certaines tombes de l'Ancien Empire (2647-2150) jusqu'au Nouvel Empire (1549-1080) montrant une série de chapelles alignées et bordées de palmier le long d'un canal menant à un temple représenté en plan.

 

   Neith a aussi la forme d'une vache divine qui recevait un culte particulier à Saïs même dont Hérodote (Historien Grec, v.484-v.425) nous a peut-être laissé un témoignage lorsqu'il affirme avoir vu dans le palais royal du Roi Amasis (570-526) une salle dans laquelle était exposée à la vue de tous une statue en bois à l'image d'une vache couchée dont la tête dorée était coiffée de cornes enserrant un disque en or représentant le soleil. On reconnaît dans cette dernière description la coiffe traditionnelle des Déesses Égyptiennes, portée par Hathor ou Isis, avec lesquelles Neith se confondait à Saïs. D'autres Dieux possédaient leur sanctuaire à Saïs comme Atoum, Hathor, Isis, Osiris sous la forme de l'Osiris Hémag, Sekhmet etc.... Saïs comprenait comme Philae l'un des tombeaux d'Osiris, ce qui en faisait un des lieux les plus sacrés du pays.

 

   Pour plus d'autres détails sur la religion dans la cité voir :

Les dieux de Saïs  - (Wikipédia)

La cité antique et ses cultes - (Wikipédia) 

 

Bibliographie

 

   Pour d'autres détails sur la cité et ses monuments voir les ouvrages de :

 

David Al Aston :  

- Tomb groups from the end of the new kingdom to the beginning of the Saite period, University of Birmingham - Birmingham, 1987. 

Manfred Bietak :

- Heilige Bezirke mit Palmen in Buto und Sais, Zwischen den Ewigkeiten, Festschrift G. Thausing, Vienne, 1994

Hans Bonnet : 

- Sais, Lexikon der ägyptischen Religionsgeschichte, Nikol Verlag, Hamburg, 2000.

Jacques-Jean Clère :

- Autobiographie d'un général gouverneur de la Haute-Égypte à l'époque saïte, pp. 85-100, BIFAO 83, Le Caire, 1983.

Georges Daressy :

- Rapport sur des fouilles à Sa el-Hagar, ASAE 2, IFAO, Le Caire, 1901. 

Ramadan El-Sayed :

- Les rôles attribués à la Déesse Neith dans certains des textes des cercueils, Orientalia, 1974. 

- Documents relatifs à Saïs et ses divinités, BiEtud 69, IFAO, Le Caire, 1975.

- La Déesse Neith de Saïs, I, importance et rayonnement de son culte, II, Documentation, BiEtud 86, IFAO, Le Caire, 1982.

Thorwald C.Franke :

- Mit Herodot auf den Spuren von Atlantis könnte Atlantis doch ein realer Ort gewesen sein?, Norderstedt Books on Demand GmbH, 2006.

Labib Habachi :

- Saïs and its Monuments, ASAE 42, IFAO, Le Caire, 1943.

Gustave Jéquier :

- Les temples ramessides et saïtes de la XIXe à la XXXe dynastie, MIFAO 48, IFAO, Le Caire, 1922.

François Leclère :

- Les villes de Basse Egypte au Ier millénaire av.J.C. : Analyse archéologique et historique de la topographie urbaine, BiEtud 144, IFAO, Le Caire, 2008.

Alexandre Moret :

- Sarcophages de l'époque bubastite à l'époque saïte, IFAO, Le Caire, 1912.

Olivier Perdu :

- Recueil des inscriptions royales Saïtes : Psammétique Ier : Volume 1, Collection : Archéologie, Philologie, Histoire, Collège de France, Cybele, Janvier 2002 et Décembre 2002.

- Hommage d’une princesse saïte à son précepteur, pp. 211-227, BIFAO 105, Le Caire, Janvier 2005.

Miroslav Verner :

- La tombe d'Oudjahorresnet et le cimetière saïto-perse d'Abousir, pp. 283-290, BIFAO 89, Le Caire, Janvier 1989.

Penelope Wilson :

- Fieldwork, 1997-8 : Delta Survey, Memphis, Saqqara, Tell el-Amarna, Gebel Dokhan, Qasr Ibrim, pp.1-22, JEA 84, London, 1998.

- The prehistoric period at Saïs (Sa el-Hagar), pp.65-72, Archéo-Nil 13, Durham University, 2003.

- The survey of Saïs (Sa el-Hagar) 1997-2002, Excavation memoir 77, Egypt Exploration Society, London, 2006.

- Prehistoric settlement in the western Delta : A regional end local view from Sais (Sa el-Hagar), JEA 92, London, 2006.

 

 

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