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Sommaire   

Localisation

Le toponyme

L'histoire de Kadesh sur l'Oronte

       Bataille de Thoutmôsis III

       La Kadesh Hittite

       Bataille de Séthi I

       Bataille de Ramsès II

Bibliographie

 

 

 

 

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Représentation de la bataille de Kadesh 1274 -

Ramsès II sur son char - Temple d'Abou Simbel

 

Localisation

   Kadesh (ou Qadesh ou Kadès dans la Genèse), est une référence dans l'historique des inscriptions et des archives de deux grandes civilisations de l'Antiquité, les Hittites et les Égyptiens. En Palestine on recense trois Kadesh : Une Kadesh sur l'Oronte, Kadesh-Barnea et Kadesh de Galilée, ce qui à fait dire à plusieurs égyptologues que les trois grandes batailles, dites "de Kadesh", ne ce sont peut-être pas déroulées au même endroit. Selon, entres autres Kenneth Anderson Kitchen, la Kadesh de Séthi I (1294-1279) ou de Ramsès II (1279-1213) est une ancienne ville fortifiée de Syrie, située sur (ou près) du fleuve Oronte, au confluant de l’Oronte et du Tannour. Elle est aujourd'hui identifiée au site de Tell Nebi Mend, à environ 24 km au Sud-ouest d'Émèse (ou Homs), près d'Al Qusayr, dans ce qui est maintenant l'Ouest de la Syrie.

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Lycie Xanthos Kizzuwatna Kizzuwatna TArse Hittites Karkemish Alalah Alep Ougarit Phénicie Chypre Mitanni Blyblos Sidon Tyr Damas Gaza Canaan Megiddo Syrie Egypte Memphis Pi-Ramsès Ebla Edesse Emar Qatna Attalia Sidé Amourrou Yamkhad Ammonites Le Moab Les Edomites

 

   Kadesh est un point stratégique pour qui veut conquérir la région et de ce fait va être fréquemment disputée entre les Égyptiens et les Hittites, surtout aux XVIIe et XVe et XIIIe siècles. La Kadesh de Galilée est située plus au Sud et présente une topographie différente de celle gravée sur les monuments par les artistes de Séthi I ou Ramsès II ¹. La confusion entre ces cités vient de l'interprétation de la campagne en Syrie de l'an 22/23 du règne Thoutmôsis III (1479-1425) et de la position de cette ville par rapport à Megiddo, qui est un sujet énormément débattu ¹. La dernière Kadesh, Kadesh-Barnea, se situe à l'extrême Sud, à la lisière du désert elle correspondrait au site de la moderne Ain el-Qudeirat et ne peut donc pas être confondue avec les deux premières. Elle est très souvent cité dans la Bible, la première fois sous le nom de En-Mischpath ou Kadès (Genèse 14:7). Le pays d'origine des Édomites, selon le Tanakh (Bible Hébraïque), s'étendait de la péninsule du Sinaï jusqu'à la ville de Kadesh-Barnea.

 

 

 

Le toponyme ¹

 

   Le nom Kadesh ne semble apparaître en Égypte pour la première fois que sous le règne du Roi Thoutmôsis III (1479-1425) lors de sa campagne en Syrie de l'an 22/23 de son règne. Il mentionne le chef de "Qédéshou" ou "Qidshu" (QdSw) qui était allié au Prince de Megiddo. On le rencontre sur de nombreux monuments datant de cette époque jusqu'à celle du Pharaon Ramsès II (1279-1213) :

▪ Il apparaît dans la liste des annales de Karnak de Thoutmôsis III.

Dans les sous-bassement d'une chapelle d'Amenhotep II (1428/27-1401), ainsi que dans les écrits de sa campagne en l'an 9 de son règne contre le Mitanni.

▪ Sur un char de Thoutmôsis IV (1401/00-1390) retrouvé dans sa tombe.

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Stèle de la bataille de Kadesh -

        Musée du Louvre

▪ Dans la liste d'Amenhotep III (1390-1353/52) à Soleb (Soleb est située sur la rive gauche du Nil, à environ 500 km d'Assouan, en Nubie).

▪ Dans les "Lettres d'Amarna" sceaux, en langue Akkadienne, qui sont en fait les archives diplomatiques de la correspondance des Rois Amenhotep III (1390-1353/52) et d'Amenhotep IV avec leurs contemporains d'autres royaumes.

▪ Sur la base des colosses d'Horemheb (1323-1295) de la face Nord du Xe pylône de Karnak.

▪ Sous le règne du Pharaon Séthi I (1294-1279) où on le trouve plusieurs fois sur les murs de la salle hypostyle de Karnak et dans les listes topographiques de Sheikh Abd el-Gournah (ou Gournah).

▪ Enfin il est cité une quantité de fois innombrable sur les monuments et dans la littérature abondante de Ramsès II.

 

                    Le nom Égyptien Kadesh est toujours écrit de la même manière : QdS(w). Quelques spécialistes avancent qu'il ne s'agit pas d'un nom de ville, comme le présente la majorité des chercheurs, mais qu'il faudrait parler "du pays de Qadesh". Ce nom est un nom Sémitique très rependu que l'on pourrait traduire par : "Saint", dans le sens de ce qui est sanctifié. On le retrouve en Hébreu sous la forme QdS et en Hittite KidSi (ou KidiS). En Palestine on recense trois Kadesh : Une Kadesh sur l'Oronte, Kadesh-Barnea et Kadesh de Galilée. Les annales de l'Empereur Hittite Souppilouliouma I (1382-1342) nous apportent certains renseignements sur les évènements qui bouleversent la Palestine à son époque et qui sont les prémices des incidents qui mèneront plus tard aux futures batailles de Séthi I et Ramsès II. 

 

¹- D'après l'article de Raymond Monfort, pp.54-57, Toutânkhamon Magazine n°36, Décembre/Janvier 2007/2008.  

 

 

L'histoire  de  Kadesh  sur  l'Oronte

 

              Bataille de Thoutmôsis III - v.1447 et  v.1437

  Kadesh a d'abord été occupée au cours de l'âge de bronze, puis à l'âge de fer. La ville est citée pour la première fois comme l'une des deux villes Cananéennes, l'autre étant Megiddo, qui ont mené une coalition de cités-États opposées à la conquête du Levant par le Roi Thoutmôsis III (1479-1425) de la XVIIIe dynastie. Dans cette opposition de forces, Kadesh, connue à cette époque sous le nom de Qédéshou ou Qidshu est sans doute guidée par les souverains du Mitanni, l'Égypte étant son principal concurrent étranger dans le contrôle du Levant. Une coalition de Princes Syriens, autour du Prince de Kadesh va tenter d'affronter L’armée Égyptienne.

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 Statue de Thoutmôsis III

Kunshistorisches Museum, Vienne

 

   Celle-ci, composée de dix mille soldats, part de Memphis (25e jour, 4emois de la saison Peret, an 22) et atteint Gaza en à peine dix jours (Près de 300 km) où elle cantonne afin de se réapprovisionner. Puis continue sa progression et onze jours plus tard arrive à Yehem (Yemma au pied du Mont Carmel), nous sommes le 16e jour, du 1er mois de la saison Shemou, de l'an 23. Le Roi apprend alors que la coalition ennemie est stationnée dans la ville de Megiddo, à 30 km au Nord de sa position. À ce moment deux solutions s'offrent à Thoutmôsis III, passer au plus court par le dangereux défilé d'Arouna ou faire un détour par le Sud. Malgré une armée éreintée, le Roi choisit l'option la plus dure, mais aussi celle que ces ennemis sont loin de se douter qu'il prenne. Trois jours après, Thoutmôsis III arrive à Arouna, la passe n'est pas gardée, ou du moins pas suffisamment, et les Égyptiens s'en rendent maître rapidement. Dès le lendemain (14/15-04-1457) à l'aube, ils arrivent sous les murs de Megiddo, où l’ennemi est cantonné. Sans attendre, ils lancent une attaque contre la coalition. C'est la débâcle parmi les troupes adverses, celles-ci abandonnent leur équipement, char, or, argent, tentes etc.. et s'enfuient se réfugier dans la cité. 

 

Char du Mitanni - Musée du Louvre

  

   Cette victoire de Thoutmôsis III est due en partie à sa position stratégique sur le terrain. Les Égyptiens, déployés de chaque côté de la rivière Kyna, étaient en surnombre et sur une hauteur. Sur ce terrain les chars de la coalition n'étaient d'aucune utilité, de plus du fait de la disparité des peuples qui la composait, qui ne parlaient sûrement pas tous la même langue et n'étaient pas habitués à manœuvrer ensemble, il lui fut difficile de réagir rapidement.

 

   Les Égyptiens étaient en très net avantage, cependant leur manque d'expérience dans les assauts de cités fortement murées fait qu'ils ne parviennent pas à prendre la ville. Thoutmôsis III décide alors d'y mettre le siège en faisant encercler la cité par de larges fossés. La dernière récolte ayant été confisquée par les Égyptiens, après un siège de sept mois la ville finit par se rendre pour ne pas mourir de faim. Sa reddition livrera la Palestine à Thoutmôsis III. Le compte rendu des batailles, rédigé par Tjanouny (ou Tjenen ou Thanuny), le scribe de l'armée, fut consigné dans une longue inscription que le Roi fit graver sur les parois du temple d’Amon-Rê à Karnak : Un texte de 225 lignes, chacune mesurant 25 mètres de long, que les historiens appellent les Annales de Thoutmôsis III.

 

   Il poursuit ensuite vers Tyr, puis il brise au cours des trois campagnes suivantes, de l'an 24 à l'an 29, la branche occidentale de la coalition avec la prise de Kadesh. Dans le même temps le Mitanni étend sa domination du bord du Zagros à l'Est, jusqu'à la Méditerranée à l'Ouest et du mont Taurus au Nord, jusqu'aux alentours de Kadesh et du Hana au Sud. Englobant le Kizzuwatna, toute la Syrie du Nord, ainsi que l'Assyrie et le Kurdistan Irakien. Il y a une polémique entre les spécialistes sur la sixième campagne de Thoutmôsis III où il est dit que les Égyptiens arrivent en Syrie par la mer, car il n'y a aucune preuve directe que ce fut par ce moyen qu'ils lancèrent l'attaque. Quoi qu'il en soit ils avancent jusqu’à Kadesh, qu'ils prennent et pillent.

                                     Puis, peu de temps après, la ville passe aux mains des Mitanniens ce qui oblige, en l'an 34 de son règne, Thoutmôsis III à retourner en Syrie afin de les repousser en Naharina (ou Mitanni). En l'an 35 de Thoutmôsis, l'Empereur du Mitanni Parsashatar qui a toujours le soutien de ses vassaux, soulève une grande armée et engage les Égyptiens aux environs d'Alep. Thoutmôsis III l'emporte de nouveau et se prévaut d'une victoire totale. Le Mitanni n'ayant toujours pas renoncé à laissé les Égyptiens prendre le contrôle de la Syrie, pousse les Princes des villes Phéniciennes à la révolte.

  

   Thoutmôsis III fait prendre la voie le long de la côte à son armée pour aller écraser la révolte de deux cités dans la plaine de l'Arka à cette occasion le souverain s’empare du port d’Arqata près de Tripoli du Liban. Puis il prend et ravage Tunip (ou Tounip) et sans attendre il tourne ensuite son attention vers trois garnisons Mitanniennes qui se situaient autour de la ville de Kadesh. Cependant la forte résistance de celles-ci va pousser Thoutmôsis III à renoncer à prendre la cité qui était pourtant un point stratégique. Cette campagne de l'an 42 en demi-teinte montre les limites de la puissance Égyptienne. Elle est la dernière du Roi sur cette région.

 

               La Kadesh Hittite

  Le Mitanni n’aura plus après cela une très longue histoire, il va s’écrouler et perdre tous ces territoires sous les assauts de ses anciens vassaux, les Assyriens menés par leur Roi Assur-Uballit I (1366-1330) et surtout la dernière dynastie Hittite, menée par Souppilouliouma I (1382-1342), qui par ses conquêtes territoriales va créer un Empire. Au début de son règne celui-ci lutte contre le Mitanni, dont il réduit la puissance, le souverain du Mitanni Tushratta n'étant que faiblement soutenu par l'Égypte. Puis il lance une campagne contre le Kizzuwatna, qu'il annexe. Souppilouliouma I va passer les dix premières années de son règne à rétablir la situation à son avantage en Asie Mineure, puis vers 1372, il attaque toutes les régions de la Méditerranée et prend Alep qui devient vassale.

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Char de guerre Hittite

 

   Tushratta va tenter de réagir mais Souppilouliouma I mène son armée directement au cœur de l'Hanigalbat (Mitanni) et Tushratta s'enfuit en laissant sa capitale Wassouganni sans défense. Cette nouvelle puissance, que sont les Hittites, bouleverse l'équilibre du Proche-Orient. Les Égyptiens qui exerçaient un contrôle sur le couloir commercial entre la Syrie et la Palestine, sont maintenant directement menacés. Cependant le Pharaon Amenhotep III (1390-1353/52) ne réagit que timidement aux succès Hittites. L’Égypte au contraire, selon certains spécialistes, aurait même signé un traité avec eux. Souppilouliouma I va finir par profiter de la situation, envahir l'Ouest de la vallée de l'Euphrate et conquérir l'Amourrou (Liban) du Roi Azirou (ou Aziru, v.1344-v.1315) qui intriguait avec le Roi de Kadesh Etakkama (ou Aitakama) pour former une coalition de petits États, puis Ougarit, Alalah et Kadesh.

 

    Pendant ce temps, en Égypte le Pharaon Amenhotep IV (ou Akhénaton, 1353/52-1338) succède à son père Amenhotep III. Comme lui il ne porte que peu d'intérêts à l'imparable avancée des Hittites. Selon de nombreux historiens, il aurait toléré la chute de la cité commerciale d'Ougarit et celle de Kadesh sans intervenir pour les défendre. La correspondance entre les Rois de Kadesh et de l'Amourrou avec l’Égypte est conservée dans les Lettres de Tell el-Amarna. Elle permet de retracer la progression des Hittites. Les noms de Rois de Kadesh, qui y sont indiqués, servent dans nos sources contemporaines : Shuttarna (ou Šutatarra, v.1355), son fils Etakkama (ou Aitakama, v.1355-1312), Niqmaddou (ou Niqmadu, fils d'Etakkama).

  

    Contemporains de ceux-ci y est aussi indiqués les noms du Roi d'Amourrou : Azirou (ou Aziru). En réalité, la conquête de Kadesh par les Hittites est la conséquence non désirée d'un impondérable, il semble que Souppilouliouma I était désireux de respecter le traité de paix avec les Égyptiens et ne souhaitait pas attaquer la ville qui était leur possession. Cependant, le Roi de Kadesh, Etakkama, manœuvrant pour son propre compte et sans avoir consulté Amenhotep IV, interdit le passage de la vallée de l'Oronte aux troupes Hittites, obligeant Souppilouliouma I à l'attaquer et à s'emparer de sa cité. Etakkama est fait prisonnier et emmené dans la capitale Hittite, Hattousa.

 

   Toutefois Souppilouliouma I le relâche rapidement pour ne pas donner un prétexte à Amenhotep IV de lui déclarer la guerre, ce que ce dernier n'aurait d'ailleurs peut-être même pas fait et il redonne Kadesh aux Égyptiens, tout redevient normal, mais pour peu de temps. Etakkama est au début un allié fidèle de l'Égypte, puis il refait parler de lui en commençant à se comporter comme s'il était en réalité un agent Hittite, avant de rejoindre une coalition menée par le Roi d'Amourrou, Azirou dirigée contre les Hittites. Ce dernier venait de trahir Amenhotep IV dans une affaire entre Byblos et Sidon que le Pharaon lui avait demandé de régler. Une fois de plus, l'Égypte décide de ne pas intervenir.  

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    Lettre d'Azirou au Pharaon

    

   Dans les Lettres d'Amarna, le Pharaon Amenhotep IV nomme Etakkama comme : "Un traître et un partisan de l'ennemi de l'Égypte, avec lequel on ne s'assoit pas à une table". Souppilouliouma I décide alors d'attaquer le Nord de la Syrie, il prend Ougarit, Alalah et se tourne vers l'Amourrou afin d'enrayer rapidement les prétentions d'Azirou. L'événement de la trahison d'Azirou est mentionné dans la lettre de Tell el-Amarna (EA 162) d'Amenhotep IV adressée à ce dernier, dans laquelle le Pharaon exige qu'Azirou vienne en Égypte pour expliquer ses actes. Le Roi une fois en Égypte est arrêté pendant au moins un an avant d'être libéré pour faire face à l'avancée des Hittites, qui ont déjà conquis la ville d'Amki, ce qui constituait une menace pour l'Amourrou (Lettre EA 170). Une fois dans son royaume Azirou prend contacts avec Souppilouliouma I. Il change alors son allégeance et restera fidèle aux Hittites jusqu'à sa mort, dont on ignore la date exacte.

 

   Informé qu'Azirou avait à sa cour une mission diplomatique Hittite afin de trouver un accord de paix, et qu'en plus Kadesh, dont Etakkama venait de changer de camp et prêter allégeance à Souppilouliouma I afin de garder son trône, se retrouvait dans leur camp, Amenhotep IV compris qu'il fallait intervenir et envisager une solution militaire. Bien que l'on n'ait trouvé aucun document qui le confirme, on pense aujourd'hui que le Pharaon envoya une armée qui fut semble t-il battue. Bien plus encore, les Hittites attaquent les places fortes Égyptiennes de Byblos et Damas. Ils continuent leur progression, que les Égyptiens n’arrivent pas à freiner et ils grignotent petit à petit toutes les conquêtes Égyptiennes en Palestine.

 

   En 1312, Etakkama rêvant de retrouver son indépendance d'antan, dirige un soulèvement contre les Hittites, dans les dernières années du règne de l'Empereur Moursil II (ou Mursil ou Mursili, 1341-1310), mais il est assassiné lors du siège de Kadesh par les Hittites et son fils Niqmaddou (ou Niqmadu) lui succède, mais on ignore pour combien de temps. L'Égypte va essayer sous le règne des Pharaons suivants de récupérer ses territoires Palestiniens perdus par Akhénaton, Toutânkhamon (1336/35-1327) et Horemheb (1323-1295) en 1296, seront tout près de reprendre Kadesh aux Hittites, mais ils échoueront.  

 

              Bataille de Sethi I - v.1290

  Avec l'avènement de la XIXe dynastie Égyptienne (1295-1186), les conflits vont continuer d'avoir lieu dans la région. La plus grande réussite en politique étrangère de Séthi I (1294-1279), le nouveau Pharaon, va être au cours de sa campagne vers la Syrie avec la reprise aux Hittites de Kadesh et des territoires voisins de l'Amourrou. Séthi I réussit à y vaincre une importante armée Hittite de l'Empereur Mouwatalli (1310-1269) qui essayait de défendre la ville. Il entre triomphalement dans la cité avec sons fils, le futur Pharaon Ramsès II (1279-1213) et y érige une stèle de la victoire. La scène de cette bataille de Kadesh de Séthi I est retranscrite sur la paroi extérieure de la salle hypostyle de Karnak et dans une inscription à Abydos dans un temple commémoratif de Ramsès I.. Il y a cependant un grand débat entre les spécialistes depuis près d'une décennie, sur le fait que la Kadesh de Séthi I ne serait peut-être pas Kadesh sur l'Oronte, mais Kadesh de Galilée ?.

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Représentation de la scène de la bataille de Kadesh gravée

sur le mur Sud de la salle hypostyle de Karnak

 

  La ville va cependant revenir dans l'escarcelle des Hittites. En effet les Égyptiens ne pouvaient pas maintenir une occupation militaire permanente dans la cité et sur tout l'Amourrou qui était trop proche de l'Empire Hittite. Il est peu probable que Séthi I est signé un traité de paix avec les Hittites ou qu'il leur ait rendu volontairement la cité, mais le Pharaon peut avoir conclu une entente informelle avec Mouwatalli sur les frontières précises des deux Empires.

 

   Quoi qu'il en fut, ce ne fut pas respecté puisque dès que Séthi I retourna en Égypte, Mouwatalli marcha au Sud de l'Oronte et reprit Kadesh, qui devint le fief des défenses Hittites en Syrie, bien que les Hittites fassent diriger la ville par le vice-Roi de Karkemish. Les Égyptiens ne lâchèrent pas prise pour autant et une guérilla s'installa dans la région.

 

                                                                                                   Bataille de Ramsès II - 1274

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      La bataille de Kadesh représentation

          dans le temple d'Abou Simbel 

  Cinq ans après la mort de Séthi I, son fils Ramsès II (1279-1213) allait reprendre officiellement les hostilités. Ramsès II est conscient que pour garder la Syrie, il lui faut prendre la ville de Kadesh qui est un point stratégique en Amourrou. En mai 1274, il part de sa capitale Pi-Ramsès vers le Nord à la tête d'une immense troupe. Ramsès II conduit une armée de quatre divisions aux noms : D'Amon, Ptah, (P're) et Seth (Suteh). Elles sont constituées de 2 500 chars, de 1 900 soldats Égyptiens auxquels s'ajoute également une troupe peu documentée appelée nrrn "Ne'arin" ou "Nearin", de 2100 mercenaires, peut-être Cananéens qui ont voué allégeance à l'Égypte, dont les Sherden (ou Sardanes ou Chardanes ou Shirdana ou Shardanes), issus des Peuples de la mer, qui allaient jouer un rôle crucial dans la bataille.

 

   L'expédition menée à un train d'enfer afin de surprendre les Hittites passe en Canaan, en Galilée, puis remonte par la plaine de la Bekaa pour s'enfoncer en Amourrou jusqu'à Kadesh. Lorsqu'il voit cette force impressionnante arriver le Roi d'Amourrou, Benteshina (ou Bentešina ou Pendishena, v.1280-v.1274, puis de v.1260-v.1230) choisit finalement de se rallier à Ramsès II, alors que depuis le Roi Azirou son pays était vassal des Hittites. Il rompt de ce fait le traité passé par son prédécesseur avec les Hittites. Benteshina joint ses forces aux troupes Sherden dont il prend le commandement.  

 

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Représentation de la bataille de Kadesh - Le Caire - Village pharaonique

    En Hatti, Mouwatalli est lucide des intentions du Pharaon et il sait très bien que l'Égypte doit récupérer à tous prix Kadesh si elle espère reprendre un jour le contrôle de la Syrie. Avec la trahison de Benteshina pour le camp Égyptien, si son royaume tombait entre leurs mains, les Hittites risquaient de perdre tout le Nord et le centre de la Syrie, dont les villes stratégiques d'Alep ou Karkemish. Cependant Mouwatalli avait maintenant un nouvel atout en main qu'ignorait peut-être Ramsès II. En effet, il venait de signer un traité de paix avec les Assyriens, ce qui fait qu'il pouvait maintenant se concentrer sur un seul front. Il réunit alors une immense armée composée d'une coalition de près de vingt peuples de ses vassaux Anatoliens et Syriens.  

 

   Ainsi, aux Hittites, vinrent se joindre :

L'Arawanna (Irwnt en Anatolie) ; l'Arzawa (‘IrTw), les Denyen (ou Dananéens ou Dardaniens, Drdny de Troade) ; les Gasgas (ou Kaska du Nord de l'Anatolie, KSkS) ; Halba (Alep  #lb dirigée par Talmi-Sarruma, petit-fils de Souppilouliouma I) ; Inouna (Inesa  Ins  localisation inconnue) ; Karkemish (KrkmS) ; Karkisa (Carie  KrkS) ; Kadesh (QdS) ; le Kedy (Qd  une zone mal définie dans le Nord de la Syrie) ; les Kerchkech (Krchkch  localisation inconnue) ; le Kizzuwatna (QDwdn), les Lukka (ou Luka ou Loukou ou Lyciens  Lk) ; Masa (Mysie Ms) ; les Mouchaset (ou Mushanet  MwSAnt  localisation inconnue) ; les Nouges (ou Nuhhašši  Nwgs  en Syrie) ; le Naharina (Mitanni -  Nhrn) ; Ougarit (akrT) ; Pidasa (ou Pitassa  Pds  Anatolie centrale) et peut-être d'autres petits vassaux, soit environ 30 000 hommes, dont 3 000 chars.

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            Les espions Shasous montrés après avoir

                été fait prisonnier par les Égyptiens

 

   Le champ de bataille se trouvait sur la plaine au Sud de la ville et à l'Ouest de l'Oronte. Cette bataille est considérée comme le plus grand affrontement de chars de tous les temps (Entre 5000-6000 pour les deux parties). Celle-ci est décrite en détail dans un long poème épique d'un scribe connu sous le nom de Penthaour qui est un recueil de souvenirs de guerre. Il nous apprend que les habitants de Kadesh avaient détourné la rivière par un canal ce qui avait transformé la ville en une île virtuelle et la rendait imprenable. Puis va suivre une catastrophe militaire pour l'armée Égyptienne.

 

   Des espions Hittites, des Shasous (Shsw "vagabond"), traversant le bois de Labouy réussissent à convaincre les Égyptiens que Mouwatalli, craignant Ramsès II, a préféré rester avec son armée aux environs d'Alep. Ramsès II, les croit et pensant être tranquille il fait installer son camp sur la rive Ouest de l'Oronte, à proximité de la forteresse, sans attendre le renfort de ses divisions qui le suivaient à plusieurs heures de marche. Seules étaient avec lui la division d'Amon et de Ptah. Cependant après un interrogatoire les bédouins finissent par avouer que l'armée Hittite est en fait tout près, derrière la ville sur la rive Est de l'Oronte. Le Pharaon envoie alors des messagers prévenir ses divisions à l'arrière d'avancer à marche forcer afin de leur venir en aide. Celles-ci ont à peine le temps d'arriver. Les Hittites traversent le fleuve et attaquent la division de qui tentait de rejoindre le campement et l'écrase. Ils fondent alors sur le camp Égyptien alors que la division de Ptah traversait à peine l'Oronte et que celle de Seth se trouve encore dans le bois de Labouy. Ramsès II et la division d'Amon se retrouve donc seuls face aux 2 500 chars et aux milliers de fantassins de Mouwatalli. Ils sont décimés et sur le point de se rendre.

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   Bataille de Kadesh de Ramsès II sur le mur

   extérieur de la salle hypostyle de Karnak

 

   Selon la légende Ramsès II aurait alors demandé de l'aide au Dieu Amon et avec le pouvoir de ce dernier, il se serait jeté dans la bataille pour massacrer l'ennemi. Les Sherden (ou Sardanes ou Chardanes ou Shardanes), qui constituaient sa garde, vont résister jusqu'à l'arrivé des renforts de la division de Ptah, sûrement enrichie des derniers hommes de la division de , mais sa "victoire" Ramsès II la doit surtout à l'arrivée des Néarins (ou Ne'arin), les forces d'Amourrou de Benteshina. Grâce à eux le Pharaon est en mesure de récupérer l'initiative. Les coalisés sont maintenant les encerclés.

 

   Ils doivent aussi faire face à l'arrivé, enfin, de la division de Seth. Ils comprennent alors qu'ils vont être massacrés et ils n'ont d'autre choix que de se replier, mais ils vont subir de lourdes pertes. Il n'y a pas vraiment de vainqueur à cette bataille chaque camp ayant perdu beaucoup d'hommes mais les deux déclareront l'avoir gagné. Le lendemain, Mouwatalli envoie une proposition d'armistice et demande la clémence des Égyptiens. Ramsès II lui accorde et rentre en Égypte sans avoir pris Kadesh. Il fera graver sur le mur de plusieurs temples comme à Abou Simbel le récit de sa "grande victoire" sur les Hittites. Cependant du fait de ce recul des Égyptiens, Benteshina se retrouve isolé et abandonné aux Hittites. Ils le capturent sans problème et donnent son royaume à un homme de leur confiance, Shapili (ou Šapili, v.1274-v.1260) qui est nommé Roi d'Amourrou. En dehors de sa nomination par Mouwatalli on ne sait rien à propos de cet individu. Le récit de la nomination de Shapili est brièvement décrit dans le traité de Shaushga-Muwa et dans des textes parallèles.  

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      Traité de Kadesh - Museum of the Ancient Orient

   

   Par la suite un traité de paix est signé entre les deux grandes puissances et et et avec lui le partage de la Syrie avec les Hittites donnera à l'Égypte une paix relative de plus de quarante ans. Quand à Kadesh, elle va disparaître de l'histoire en même temps que la chute des Hittites, lorsque la cité sera détruite par l'invasion des Peuples de la mer autour de 1178. Toutefois, des vestiges de la période Hellénistique ont été trouvés dans les niveaux supérieurs du tell (monticule de ruines) dont le sommet est encore occupé aujourd'hui. Une occupation continue pendant toute la période islamique est probable, le monticule aurait été nommé d'après un saint musulman local ou un prophète, Nebi Mend. À l'époque Byzantine, l'occupation généralisée est attestée par des vestiges au pied du tell, qui sont censés représenter la ville de Libanum ad Laodicée construite donc sur l'ancienne Kadesh.

 

     Pour d'autres détails voir :

  Battle of Kadesh - 1274 av.J.C  - (En. Wikipédia)

   La Bataille de Kadesh (1274 av.J.C) - (Fr. Wikipédia)

 

 

 

Bibliographie

 

    Pour d'autres détails sur la ville voir les ouvrages de :

   

James Henry Breasted :

- The battle of Kadesh : A study in the earliest known military strategy, The University of Chicago Press, 1903.

Trevor Bryce :

- The Kingdom of the Hittites, Clarendon Press, Oxford, 1998 - Oxford University Press, New York, 1998.

Ernst Deissinger et Sascha Priester :

- Als Pharao Ramses gegen die Hethiter zog, Deutscher Taschenbuch Verlag, München, 2004.

Robert Du Mesnil du Buisson :

- Le site de Qadesh Tell Nebi Mend, Imprimerie de l'IFAO, Le Caire, 1936 et 1938.

Raymond Oliver Faulkner :

- The battle of Kadesh, MDAIK 16, Le Caire, Mainz, 1958.

Gerhard Fecht :

- Ramses II und die schlacht bei Qadesch (Quidsa), pp. 23–54, GM 80, Göttingen, 1984.

- Nachträge zu meinem, das poème über die Qadesch-Schlacht, pp. 55–58, GM 80, Göttingen, 1984.

Jacques Freu :

- Histoire du Mitanni, L'Harmattan, Paris, 2003.

John Garstang :

- The land of the Hittites, Constable and Company Ltd., London, 1910.

- The Hittite empire : Being a survey of the history, geography and monuments of Hittite Asia Minor and Syria, Constable and Company Ltd., London, 1929.

Hans Goedicke :

- Perspectives on the battle of Kadesh, Halgo, 1985.

Selim Hassan :

- Le poème dit de Pentaour et le rapport officiel sur la bataille de Qadesh, Recueil de travaux publiés par la Faculté des Lettres, Université égyptienne 2, Imprimerie Nationale, Le Caire, 1929.

Mark Healy :

- The warrior pharaoh : Rameses II and the Battle of Qadesh, Osprey, Oxford, London, 1993 et 2000.

- Qadesh 1300 BC : clash of the warrior kings, Collection : Campaign 22 , Osprey Military, London, 2001.

Florence Maruéjol et Monique Bruant :

- Ramsès II affronte les Hittites : la bataille de Qadesh : 1274 avant J.C, Collection : Les Tournants de l'histoire du monde, Hachette Éditions, Paris, 1990.

William Joseph Murnane :

- The road to Kadesh : A historical interpretation of the battle reliefs of King Sety I at Karnak, Studies in ancient oriental civilization, Oriental Institute of the University of Chicago, 2nd ed. rev edition, Décembre 1990.

Boyo Ockinga :

- On the interpretation of the Kadesh Record, pp. 38-48, Chronique d'Égyptologie 62, 1987.

Katrin Schmidt :

- Friede durch Vertrag : Der Friedensvertrag von Kadesch von 1270 v. Chr., der Friede des Antalkidas von 386 v. Chr. und der Friedensvertrag zwischen Byzanz und Persien von 562 n. Chr, Europäischer Verlag der Wissenschaften, Frankfurt, 2002.

Alan Richard Schulman :

- The N'rn at the battle of Kadesh, American Research Center in Egypt, New York, 1962 - Society for the Study of Egyptian Antiquities, Toronto, 1981.

Claude Vandersleyen et Josef Sturm :

- La guerre de Ramsès II contre les Hittites, (Der Hettiterkrieg Ramses'II) Réédition du texte allemand (Vienne, 1939) et traduction française de Claude Vandersleyen, Collection : Connaissance de l'Égypte Ancienne, Éditions Safran, Bruxelles, 1996.

 

 

 

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