|
|
Pour plus de détails voir aussi : L'histoire des Séleucides |
Étymologie
Antioche sur l'Oronte est appelée : En Anglais Antioch, en Allemand : Antiochia, en Grec : Ἀντιόχεια ἡ ἐπὶ Δάφνῃ, Ἀντιόχεια ἡ ἐπὶ Ὀρόντου Antioche il epi Oróntou ou Ἀντιόχεια ἡ Μεγάλη Il Megale Antioche (d'Antioche le Grand), en Arménien : Անտիոք Antiok, en Latin : Antioche ad Orontem, en Géorgien : ანტიოქია Antioch, en Turk : Antakya ou Hatay, en arabe : انطاکیه Antakya. Elle porte aussi quelques fois le nom : Grande Antioche ou encore l'Antioche Syrienne.
localisation et origine
C'est une ancienne ville sur la rive Est de la rivière Oronte. Elle est proche de la ville moderne d'Antakya, en Turquie, en bordure de la frontière Syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. La ville est située dans la plaine fertile de l'Amuq, abritée par de petits massifs montagneux, le mont Staurin et le mont Silpion (ou Silpios ou Silpius) qui défendent son approche et fournissent de vastes plaines faciles à fortifier. Elle est fondée par Séleucos I Nikatôr (305-280) vers 300 av.J.C.
Elle devient la capitale de
l’Empire Séleucide sous
Antiochos I
Sôter (280-261). Antioche faisait partie de la "Tétrapolis Syrienne" (Quatre villes Syriennes), les trois
autres villes étaient : Séleucie de Piérie,
Apamée sur l'Oronte et
Laodicée.
Elle est créée par synœcisme de plusieurs villages avoisinants (Lopolis, Joppé, Méroé et Bottia).
Elle possédait une très bonne situation géographique où deux routes commerciales de la Méditerranée, celle venant
d'Asie
Mineure et celle venant de
Mésopotamie, convergeaient dans la plaine du lac d'Antioche (Balük Geut ou El Bahr)
et elle va devenir l'une des plus grande cité du monde antique.
Au cours de la période Hellénistique tardive et du début de la période Romaine,
la population d'Antioche va atteindre un pic de plus de 500.000 habitants (Les
estimations varient de 400 000 à 600 000) et sera la troisième plus grande ville
au monde après Rome et
Alexandrie.
Au IVe siècle ap.J.C, la population ne sera plus que d'environ
200 000 selon Saint Jean Chrysostome. Elle est intégrée à l’empire
Romain en 64 avec le statut de citée libre. |
|
|
Plan de la Ville
A
- Hippodrome I - Mur de Tibère J - Mur de Théodose II K - Porte Daphné
L
-
Nécropole Mnémosyne 4 - Forum de Valens 5 - Charonion 6 - Communauté juive |
|
L'histoire.......
La création et l'Antioche Séleucide
La plus ancienne trace sur le site est un sanctuaire dédié à la Déesse Anat qui est appelé par les Grecs "l'Artémis Perse". Ce site a été inclus dans la banlieue Est d'Antioche. Il y avait un village situé sur l'éperon du Mont Silpion (ou Silpios) nommé Iopolis (ou Io), dont le nom serait associé à l'origine d'Antioche, qui est toujours invoqué par Libanios (ou Libanius, auteur Grec tardif de prose, 314-394). Iopolis était un comptoir d'une petite colonie Grecque. Celui-ci nous raconte aussi qu'Alexandre le Grand (336-323), aurait campé sur le site d'Antioche et qu'un autel dédié à Zeus Bottiæos, y aurait été érigé en commémoration dans le Nord-ouest de la ville. Ce compte se trouve uniquement dans les écrits de Libanios, mais cette légende est surement destinée à renforcer le statut Antioche. Jean Malalas (v.490-578, auteur de la plus ancienne chronique Byzantine conservée) mentionne un village archaïque au nom de Bottia, dans la plaine au bord de la rivière. Selon la plupart des écrivains, c'est la ville qui est mentionné dans le coran (36:13).
D'après Jean Malalas, la ville est fondée sur un site marqué par un sacrifice humain, celui d’une jeune fille qu'il nomme Aimathè, qui est après sa mort considérée comme une Déesse, la Tyché (la Destinée). Après la mort d'Alexandre le Grand, ses généraux se répartissent son Empire. En 301, Séleucos I Nikatôr (305-280), le fondateur de l'Empire Séleucide, reçoit lors du deuxième partage des territoires d'Alexandre, la Syrie et la partie Est de l'Asie Mineure.
La possession de la Syrie lui donne
une ouverture sur la Méditerranée et immédiatement, vers 300, il créé la
nouvelle ville d'Antioche sur l'Oronte, qui devient le siège du gouvernement et
qu'il appelle
Antiocheia (en
Grec:
Ἀντιόχεια)
en souvenir de son père Antiochos. La date exacte de sa construction n'est pas
enregistrée, mais elle doit se situer après
sa victoire d'Ipsos, en
Phrygie, en 301, sur le
Macédonien
Antigonos I Monophtalmos (306-301) qui y décède. Antioche est créée par
synœcisme de plusieurs villages avoisinants (Lopolis, Joppé, Méroé et Bottia) et
elle connaît un essor démographique rapide par l'apport de 3 500 familles, un
mélange d'Athéniens
et de colons
Grecs déplacés d'Antigonie, l'ancienne capitale située 9 km en amont sur
l'Oronte, des
Macédoniens et des Juifs qui, fait très rare, y obtiennent les mêmes droits
que les autres habitants. À sa fondation la population totale de la ville
est estimée entre 17 000 et 25 000 habitants, à l'exclusion des esclaves et des
colons. Il est dit de
Séleucos I que
"Peu de Princes ont vécu avec une si grande passion pour la construction de
villes".
Il est réputé pour avoir érigé dans les neuf Séleucie, seize
Antioche et six Laodicée. La première Antioche est construite par l'architecte
Xénarios (ou Xénarius) en retrait de la rive gauche du fleuve afin d'éviter des
risques d'inondations. Elle possédait une citadelle sur le mont Silpion (ou Silpios) et était
entourée d’une enceinte dont il ne reste rien. Grace à sa situation
géographique, à la croisée de deux routes commerciales de la Méditerranée,
Antioche est rapidement l'une des grandes villes de l'époque et se pose très tôt
en rivale d'Alexandrie.
Antioche va fonctionner avec une autre cité toute proche créée aussi par Séleucos I, le port de Séleucie de Piérie. On sait très peu de chose sur les cinquante premières années de la cité. Tout laisse à penser que Séleucie de Piérie était prévue pour être la capitale du royaume Séleucide, tout du moins tels semblent avoir été les plans initiaux. Mais elle va être d'une grande importance dans la lutte entre les Séleucides et les Ptolémée pendant les guerres de Syrie. En 246, les Séleucides vont perdre temporairement la cité face à Ptolémée III Évergète I (246-222), lors de la Troisième Guerre de Syrie (246-241). C'est ce qui permettra à Antioche de se développer au dépend de Séleucie, qui elle va stagner. En fait l'importance primordiale d'Antioche date de la bataille d'Ancyra (240), qui déplace le centre de gravité de l'Empire Séleucide de l'Asie Mineure et indirectement provoque le développement de la cité de Pergame. Antioche connait une période très faste sous le règne d'Antiochos III Mégas (223-187), à cette époque elle prendra l'épithète de "Cité d'or", ce qui suggère que l'aspect extérieur devait être impressionnant.
Toutefois la ville à besoin de constantes réparations en raison de perturbations sismiques auxquels les quartiers sont soumis. Le premier grand séisme de l'histoire, qui s'est produit en 148 av.J.C est rapporté par le chroniqueur Jean Malalas qui fait état d'immenses dégâts. Antioche va être très souvent l'enjeu des luttes dynastiques des Séleucides et va connaitre fréquemment la rébellion. Par exemple pour lutter contre l'usurpateur Alexander I Balas (150-145) où au fleuve Oinoparas (ou Oenoparus), près de la ville, la bataille aboutie à la défaite finale d'Alexandre I, qui s'enfuit devant les forces Démétrios II Nikatôr (145-138 et 129-125). Ce même Démétrios II sera à son tour chassé de la ville lorsque les habitants exacerbés par sa dureté et la corruption se soulèvent avec à leur tête le général Séleucide Diodotus Tryphon (142-138) et portent au pouvoir Antiochos VI Epiphane Dionysos (145-142), le fils d'Alexandre I Balas et Cléopâtre Théa, qui n'a que deux ans. Démétrios II reprendra la cité en 129. À la mort de Démétrios II, Alexandre II Zabinas (126-123/122), autre usurpateur du trône Syrie, profite du chao pour se proclamer Roi de Syrie. Antioche, Séleucie de Piérie, Apamée sur l'Oronte et plusieurs autres villes, dégoûtées par la tyrannie de Démétrios II Nikatôr, reconnaissent l'autorité d'Alexandre II qui a en plus le soutien du Roi d'Égypte Ptolémée VIII Evergète II Tryphon (144-116).
Toutefois Alexandre II Zabinas n'est pas en mesure de conquérir la totalité de la Syrie où le fils de Démétrios II et de la Reine Cléopâtre Théa, Antiochos VIII Gryphos (125-96), à succédé légitimement à son père en 125 et veut récupérer son trône. Zabinas fuit vers Antioche où il pille plusieurs temples. Il aurait dit en plaisantant au sujet de la fonte d'une statuette de Zeus "Zeus m'a donné la victoire". Furieux de son impiété les habitants d'Antioche jettent Zabinas hors de la ville. Il tombe rapidement entre les mains d'Antiochos VIII qui le fait mettre à mort en 122. Antioche ne va pas profiter longtemps du calme puisque elle va être encore au centre de la lutte entre Antiochos VIII Gryphos (125-96) et Antiochos IX Cyzique (114-95) ce qui va faire monter la colère des habitants. En 113, Antiochos IX s'empare d'Antioche. Cependant Antiochos VIII poursuit la lutte et peu de temps après, il bat son demi-frère. À l'été 112, son armée victorieuse entre à son tour dans Antioche. Au cours de la dernière lutte dynastique de la maison Séleucide, entre Antiochos X Eusèbe Philopator (95-83) et Antiochos XI Philadelphe Épiphane, ce dernier prend en 95 la capitale, mais il est repoussé et vaincu par Antiochos X qui récupère sa ville et ses environs et la partie Sud du royaume. Lassés par toutes ces guerres, les habitants se retournent contre leurs faibles dirigeants et en 83, ils invitent le Roi d'Arménie Tigrane II (95-54), qui vient envahir la Syrie, à devenir leur Roi. Il va garder la cité jusqu'en 68. Puis les Romains vont mettre au pouvoir Antiochos XIII Dionysos Philopator Kallinikos (ou Asiaticos, 83-64).
En 67/66, soutenu par la population d'Antioche, un dirigeant local de Cilicie, Philippe II Philoromaios, expulse Antiochos XIII de la cité, mais en 66/65 il est restauré par le Romain Lucius Lucullus. Cependant en 64, les troupes de Pompée (106-48), qui a remplacé Lucullus, entrent en Syrie. Antiochos XIII est battu et se réfugie chez son protecteur le Roi d'Émèse Sampsigeram I (ou Sampsiceramus ou Shams'alkeram, 64-43 av.J.C), mais celui-ci l'assassine à la demande de Pompée. La mort d'Antiochos XIII est traditionnellement admise comme la fin à la dynastie des Séleucides, dont le royaume est transformé par Pompée en province Romaine.
L'Antioche Romaine
Bien que gardant son statut de capitale de province Romaine, en 64, Pompée donne Antioche au Roi de Commagène Antiochos I Théos (69-38), dont le royaume se trouve pourtant à une certaine distance, ce qui fait qu'en fait la cité a une autonomie substantielle. Elle conservera le surnom de "Couronne de l'Orient". Sous la tutelle de Rome Antioche va très vite progresser. Elle devient la troisième ville du monde après Rome et Alexandrie, en importance économique, commerciale, politique et culturelle. Jusqu’à l’époque Byzantine, Antioche sera la capitale de la Syrie Romaine. On a retrouvé des traces de la visite de Jules César (101-44) à Antioche en 47 av.J.C qui lui confère un statut de ville libre.
Sous le règne de Tibère (14-37), la ville est étendue vers le Nord. Elle est dotée d'une unique enceinte et son centre devient une avenue d'environ 30 m de large comportant 3 200 colonnes, presque parallèle à l'Oronte, en direction du mont Silpion (ou Silpios), séparant le quartier d'Epiphanie du reste de la cité. En 37, la ville est donnée par le Sénat Romain au Roi de Judée d'Israël Hérode le Grand (41-4 av.J.C). Elle va subir un premier tremblement de terre cette même année. Hérode, grand bâtisseur, la fait reconstruire et y ajoute des bâtiments publics.
Antioche à cette époque à près de 500000 d’habitants. En 19 ap.J.C, le consul Germanicus décède à Antioche et son corps est brûlé dans le forum. En, 34 ap.J.C, les Apôtres Pierre et Barnabé arriveront à Antioche et le Christianisme se propagera dans la ville. En 41 débute les premiers Jeux Olympiques à Antioche. En 47, commence la mission de Saint Paul au départ d’Antioche vers l’Asie Mineur, la Grèce, l’Italie etc… Que ce soit les dirigeants Juifs, comme Hérode I Agrippa (37-44) où les Empereurs Romains qui vont suivre, comme Caligula (37-41), la cité va bénéficier de leur volonté de l'embellir et de l'agrandir.
Hérode I Agrippa élargie le théâtre, Trajan (98-117) terminera les travaux. Antonin le Pieu (138-161) pavera la grande artère d'Est en Ouest avec du granit. Un cirque, et un grand nombre de bains sont construits, ainsi que des aqueducs. Hérode Agrippa II (54-92) érige une longue stoa à l'Est et il encourage le développement d'un nouveau quartier au Sud de celle-ci. En 115, au cours d'un très puissant séisme qui fait environ 70 000 morts, l'Empereur Trajan (98-117) qui séjournait dans la cité est obligé de se réfugier dans le cirque pendant plusieurs jours. Les destructions sont considérables, mais Trajan puis Hadrien (117-138) rebâtissent la ville encore plus somptueuse qu’avant. La grande colonnade, cœur commerçant de la cité, est entièrement refaite sur toute sa longueur. Entre 162 et 166, durant la guerre contre les Parthes, l'Empereur Lucius Verus (161-169) séjourne à Antioche, entouré d'une cour brillante.
En 176, l'Empereur Marc-Aurèle (161-180), de retour de son voyage en Orient, visite la ville. Il fait restaurer des thermes et surtout il fait construire le Nymphée, une fontaine monumentale ornée comme un décor de théâtre. Antioche avait pourtant soutenu l'usurpateur Avidius Cassius, mais l'Empereur n'avait pas pris de mesures de répression contre la cité. Son fils Commode (177-192) organise des jeux olympique dans la cité et il fait construire de nouveaux thermes, des temples à Zeus Olympien et à Athéna et surtout le Xystes (ou Xystos) qui était un stade couvert.
En 193/194 au cours de la guerre civile Romaine Antioche se range du côté de son Gouverneur Pescennius Niger qui revendiquait le trône à l'Empereur Septime Sévère (193-211). Après la victoire de ce dernier, Antioche est punie et rétrogradée au rang de simple bourgade du territoire de Laodicée (Lattaqiyyeh). Toutefois elle retrouvera rapidement son statut de capitale de Syrie. Avec la multiplication des conflits entre l'Empire Romain et l'Empire Parthes, puis l'Empire Sassanide, Antioche devient très souvent la résidence impériale et sert de base arrière lors des campagnes Romaines en Mésopotamie. Beaucoup des Empereurs suivants vont y séjourner, parfois de long moment.
En 243, le Roi des Perses Sassanides Châhpûhr I (ou Shapur, 241-272) continue la lutte menée par son père contre Rome. Il conquiert l'Arménie et y installe sur le trône son fils (Filiation incertaine) Artavazde VI (ou Hormizd-Ardaschir, 252-271). C'est un motif de guerre pour Rome qui rassemble ses légions en Syrie et l'Empereur Valérien I (253-260) marche contre lui pour venir en aide aux Arméniens occupés. Châhpûhr I réagit rapidement, il réunit ses vassaux et attaque le premier avec le soutien de l'Arménie dirigée par son fils. En 252, il remporte une victoire contre les légions Romaines à Barbalissos (Bâlis, Syrie) sur l'Euphrate, puis à Chalcis (Qinnasrin, Syrie). Il ravage la Syrie entière avec l'aide d'un fonctionnaire Syrien, Mariadès, dissident Romain exilé d'Antioche.
Cependant, Châhpûhr I s'arrête devant Antioche où il laisse Mariadès prendre le pouvoir (On ne sait à quel titre) et lui faire allégeance. En 254, le Roi Perse change d'avis, il prend et détruit Antioche. Il massacre de nombreux habitants dans le théâtre et d'autres sont déportés en Perse où ils participent à la création de nouvelles cités. En Syrie, Châhpûhr I se heurte à la résistance locale et aux restes reformés de l'armée Romaine dans la région d'Émèse (Homs, Syrie). Dans le même temps Valérien I, reprend pied à Antioche et il rétablit l'autorité Romaine sur les territoires. Châhpûhr I se replie alors sur Ctésiphon, ne conservant que Nisibe (ou Nisibis ou Nusaybin ou Nisibia ou Nisibin, Sud-est de la Turquie). Valérien I reconstruit la cité.
Sous l'Empereur Dioclétien (284-305) la Syrie est réorganisée, subdivisée en unités plus petites et Antioche devient le siège du diocèse d’Orient.Avec la montée du Christianisme, elle joue un rôle important dans le domaine religieux. À cette époque, Antioche était presque l’égale de Rome, se mesurant à Alexandrie, ce qui conduit à ce qu'elle soit reconnue comme le siège de l'un des cinq patriarcats du début de l'ère Chrétienne. Cette période est qualifiée par certains de "Floraison économique", les constructions de bâtiments publiques se multiplient : Construction de bains, de théâtres, d'hippodromes, d'universités, d'écoles, de temples etc…
Vers 350, Antioche est la résidence impériale du César Constantinus Gallus qui fait régner dans la cité une atmosphère de terreur policière. En 362/363, l'Empereur Julien l'Apostat (360-363) avant son départ pour la Perse y fait un séjour houleux. Il avait cependant de grands espoirs pour Antioche, qu'il considère comme une rivale de la capitale impériale Constantinople. Les surnoms injurieux que lui infligent les Antiochiens l'irritent au point qu'il réplique par un discours pamphlet, le Misopogon. Julien est tout de même censé avoir construit la bibliothèque d'Antioche en 361. Son successeur, l'Empereur Valens Flavius (364-378), dote d'Antioche d'un nouveau forum, avec une grande statue de son frère Valentinien I (364-675) sur une colonne centrale. Il fait ré ouvrir la grande église de Constantin.
En 387, suite à un nouvel impôt, la population Chrétienne d’Antioche se révolte contre l’Empereur Théodose I (379-395), la révolte des statues, durant laquelle la population renverse les statues de la famille impériale et détruit des temples païens. La ville va être sanctionnée par la perte de son statut de métropole. En 526, un terrible tremblement de terre fait 100 000 morts (ou 250 000 selon d'autres sources). Des tremblements de terre importants, le 29 Novembre 528 et 31 Octobre 588 sont également enregistrés.
En 528, L'Empereur Justinien I le grand (527-565), rebaptise la ville Théopolis (ou Théoupolis "Cité de Dieu") et restaure un grand nombre de ses bâtiments publics. La cité aura à peine le temps de se reconstruire puisqu'en 540 (538 selon d'autres sources) le Roi des Perses Sassanides Khosrô I Anushiravān (ou Khusrau ou Khosroes, 531-579) en fait la conquête et pille la cité. Puis il déporte une grande partie de sa population dans les environs d'Ecbatane. Avec ces deux catastrophes Antioche a perdu plus de 300 000 habitants.
Justinien I le Grand, fait un effort pour la relancer en lançant une vaste opération de restauration, il élève une nouvelle muraille, mais sur une superficie plus réduite, la gloire de la ville est passée. En 637/638, sous le règne de l'Empereur Byzantin Héraclius I (610-641), Antioche est conquise par les arabes dans le califat d'al-Rashidun. La ville sera alors connue en arabe comme Antākiyyah (أنطاكية). À cette période la population passe à la langue et à la culture arabe. Les historiens s’accordent généralement à dire que la présence arabe, à partir du VIIe siècle, entraîna un déclin général de Séleucie de Piérie et d'Antioche.
Antioche et le Christianisme
Antioche est le chef de centre des débuts du Christianisme. Une communauté de fidèles du Christ s'y développa dès les premières années du Christianisme et, selon les Actes des Apôtres (11:26), c'est là que les disciples de Jésus reçurent pour la première fois le nom de "Chrétiens". La cité est peut-être évangélisée par Saint Pierre, dont la tradition fait le premier Évêque de la ville, selon la tradition sur laquelle le patriarcat Antiochien repose encore sa demande de primauté, et certainement par Saint Barnabé et Saint Paul au cours de son premier voyage missionnaire.
Selon une tradition tardive (la légende dorée), Saint Pierre fut nommé Évêque d'Antioche après avoir converti son Prince en ressuscitant son fils mort depuis quatorze ans. Au début du IIe siècle, l'Église d'Antioche est déjà extrêmement organisée, avec Saint Ignace pour Évêque depuis l'an 69. Antioche ne doit pas être confondue avec Antioche de Pisidie, à laquelle les premiers missionnaires sont venus plus tard. Entre 252 et 300, dix assemblées de l'Eglise ont eu lieu à Antioche et la ville devient le siège de l'un des quatre patriarcats originaux, avec Jérusalem, Alexandrie et Rome. Vers 270 les Chrétiens d'Antioche se divisent, certains soutiennent leur Évêque très controversé Paul de Samosate tandis que d'autres font appel à l'arbitrage de l'Empereur Aurélien (269-275) pour le chasser de sa résidence épiscopale. Au IVe siècle, l'Église d'Antioche est considérée comme la plus importante de la Chrétienté après Alexandrie et Rome. Entre 327 et 341, elle est l'une des premières villes de l'Empire à construire une importante cathédrale. La population Chrétienne est estimée par Jean Chrysostome à environ 100 000 personnes au moment du règne de l'Empereur Théodose I (379-395). L'importance religieuse d'Antioche diminue progressivement avec la montée de Constantinople et l'érection de Jérusalem en patriarcat. De plus, l'Église d'Antioche est affaiblie par les hérésies Arienne (Concile d'Antioche de 324), puis Nestorienne et Monophysite. Aux IVe et Ve siècle, Antioche a donné son nom à une certaine école exégétique de pensée Chrétienne, qui se distingue par l'interprétation littérale de l'Écriture des textes de la Bible et l'insistance sur les limites humaines de Jésus.
Jean Chrysostome, Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste sont les dirigeants de cette école. Antioche est aujourd'hui le siège d'un patriarcat des Eglises Orthodoxes Orientales. L'une des églises Orthodoxes d'Orient est encore appelé l'Eglise Orthodoxe d'Antioche, mais elle a déménagé son siège d'Antioche à Damas et de son premier Évêque conserve le titre de "Patriarche d'Antioche".
|
|
La cité
D'après Jean Malalas, la ville est fondée sur un site marqué par un sacrifice humain, celui d’une jeune fille qu'il nomme Aimathè, qui est après sa mort considérée comme une Déesse, la Tyché (la Destinée) et son sanctuaire, fondé par Séleucos I, deviendra l’un des plus importants de la cité. Un aigle, l'oiseau de Zeus, avait emporté un morceau de chair de la sacrifiée et la ville fut fondée sur l'aire de l'aigle. En fait, Antioche est créée par synœcisme de plusieurs villages avoisinants (Lopolis, Joppé, Méroé et Bottia) et connaît un essor démographique rapide par l'apport de 3 500 familles, un mélange d'Athéniens et de colons Grecs déplacés d'Antigonie, l'ancienne capitale située 9 km en amont sur l'Oronte, de Macédoniens et des Juifs. Séleucos I confie la construction de cette première Antioche à une commission de trois superviseurs, Attaios, Péritas et Anaxicratès. Conçue par l'architecte Xénarios (ou Xénarius ou Xénaïos) sur un plan hippodamien, à l'image d'Alexandrie dont elle se veut la concurrente dans la région, elle ne comprenait au départ que deux quartiers. Ce qui allait devenir le quartier royal, dans l’île au milieu de l'Oronte et le quartier Sud avec ses rues parallèles au fleuve. Il sera fait un troisième quartier dans l'île qui sera terminé sous Antiochos III Mégas (223-187) avec la construction du palais (ou quartier royal) et un quatrième et dernier quartier, le quartier d'Epiphaneia, sera ajouté encore plus au Sud, par Antiochos IV Épiphane (175-164) qui voulut en faire le centre politique de la cité.
Pour honorer la Tyché, le Roi Séleucos I commanda une statue au sculpteur Eutychidès de Sicyone (voir photo ci-dessous). Cette œuvre monumentale deviendra une des plus célèbres du monde Grec. Elle représentait la jeune fille assise sur un rocher, qui symbolise le mont Silpion (ou Silpios), voilée et couronnée par une représentation des remparts d'Antioche, tenant à la main des épis de blé, à ses pieds apparaissait un jeune nageur étendant les bras qui représentait l’Oronte.
Séleucos I fonde aussi d’autres sanctuaires pour sa nouvelle ville : Celui de Zeus Bottiæos et dans les environs un temple dédié à Athéna avec une statue de bronze pour les colons Athéniens d'Antigonie. Il créé aussi un bois sacré de cyprès à proximité du Daphneion, le "Sanctuaire du Laurier", consacré à Apollon, au Sud-ouest, sur les hauteurs de Daphné. D'Ouest en Est l'ensemble de la ville faisait environ 6 km et presque autant du Nord au Sud, ce domaine comprenait de nombreux grands jardins. La cité était entourée d’une enceinte dont il ne reste rien. Libanios décrit les premiers bâtiments et l'aménagement de la cité (ip 300. 17). On y trouvait dans le centre une intersection de deux grandes rues à colonnades. C’est une ville florissante et prospère avec des industries textiles, de joaillerie et de produits de luxe, mais qui ne pourra pas rivaliser ni avec Alexandrie, ni avec Pergame, comme foyer littéraire et artistique.
La cité va être sans cesse agrandie, ce qui lui vaudra le surnom de Tétrapolis (cité quadruple) donné par Strabon (Géographe Grec, v.63 av.J.C-v.23 ap.J.C). À partir de l'ère Romaine, lorsque la paix sera revenue, la ville va bénéficier d'une certaine autonomie tout en dépendant de divers souverains au fil du temps. Que ce soit les dirigeants Juifs, comme Hérode I Agrippa (37-44) où les Empereurs Romains qui vont suivre, comme Caligula (37-41), la cité va bénéficier de leur volonté de l'embellir et de l'agrandir.
La ville va souffrir du séisme de 37 ap.J.C, mais les monuments sont restaurés par Caligula qui fait construire à Daphné des thermes avec leur aqueduc. L'Empereur Titus (79-81) ajoute un théâtre à proximité de ce dernier. Hérode I Agrippa élargie le théâtre. L'Empereur Domitien (81-96), fait construire des thermes et un temple d’Asclépios. Le souverain Juif Hérode Agrippa II (54-92) érige une longue stoa à l'Est et il encourage la croissance d'un nouveau quartier installé au Sud de celle-ci.
L'Empereur Trajan (98-117) termine les travaux commencés sur le théâtre par Hérode I Agrippa et fait ériger un nouveau pont, un cirque et de nouveaux thermes. En 115, au cours d'un très puissant séisme Trajan qui séjournait dans la cité est obligé de se réfugier dans le cirque pendant plusieurs jours. Les destructions sont considérables, mais Trajan, puis Hadrien (117-138), rebâtissent la ville encore plus somptueuse qu’avant. La grande colonnade, cœur commerçant de la cité, est entièrement refaite sur toute sa longueur. La chaussée centrale avait une largeur de 9 m, les portiques latéraux une largeur presque équivalente et les boutiques une profondeur de 4 m. C’est sous les portiques qu’on circulait, à l’abri du soleil et des intempéries. Hadrien fait construire deux temples, un dédié à Artémis et un dédié à Trajan divinisé.
L'Empereur Romain suivant, Antonin le Pieu (138-161) pave la grande artère d'Est en Ouest avec du granit. Il construit un cirque et un grand nombre de bains, ainsi que des aqueducs. L'Empereur Marc-Aurèle (161-180) fait restaurer des thermes et surtout il fait construire le Nymphée, fontaine monumentale ornée comme un décor de théâtre.
Son fils Commode (177-192) organise des jeux olympique dans la cité et il fait construire des temples dédiés à Zeus Olympien et à Athéna, ainsi que le Xystes (ou Xystos) qui était un stade couvert et surtout de nouveaux thermes si monumentaux que l'Empereur Caracalla (198-217) s'en servira pour donner ses audiences. L'Empereur Julien l'Apostat (360-363) est censé avoir construit la bibliothèque d'Antioche en 361. Son successeur, l'Empereur Valens Flavius (364-378), dote d'Antioche d'un nouveau forum, avec une grande statue de son frère Valentinien I (364-675) sur une colonne centrale.
Archéologie
Peu de traces de la grande ville Romaine sont encore visibles aujourd'hui, mis à part : Les énormes murs de fortification près des montagnes à l'Est de la ville moderne, des aqueducs et l'église de Saint-Pierre, qui est déclarée être un lieu de rencontre d'une première communauté Chrétienne. La majorité de la ville Romaine se trouve profondément enfoui sous les sédiments de la rivière Oronte ou a été malheureusement caché par des constructions récentes. Entre 1932 et 1939, des fouilles archéologiques sur le site d'Antioche ont été entreprise sous la direction du "Comité pour l'excavation d'Antioche et de ses environs", qui était composé de représentants du Musée du Louvre, du Baltimore Museum of Art, du Worcester Art Museum, du Princeton University et plus tard, en 1936, également du Fogg Art Museum de l'Université de Harvard et son affilié de Dumbarton Oaks. Les équipes de fouilles n'ont pas trouvé les grands bâtiments qu'ils espéraient découvrir, y compris la Grande église Constantine Octogonale ou le palais impérial.
Toutefois, une grande réalisation de l'expédition a été la découverte des très belles mosaïques Romaines, de villas et de bains à Antioche, mais aussi à Daphné et à Séleucie du Tigre. Une mosaïque comprend une représentation d'une procession d'Antioche à Daphné, montrant de nombreux bâtiments anciens en cours de route. Les mosaïques sont maintenant exposées au Musée archéologique de Hatay Antakya et dans les musées du sponsoring institutions. Un certain nombre de figurines et statuettes ont été trouvée qui honore la grande Déesse d'Antioche, Tyché.
On trouve aussi une statue monumentale, aujourd'hui au musée du Vatican, qui représente la Déesse en une majestueuse jeune fille assise sur un rocher, qui symbolise le mont Silpion (ou Silpios), voilée, couronnée par une représentation des remparts d'Antioche et tenant à la main des épis de blé, à ses pieds apparaissait un jeune nageur étendant les bras qui représentait l’Oronte. Au cours des dernières années, ce qui reste des antiquités Romaines et de la fin de la ville ont subi de graves dommages à la suite des travaux de construction liés à l'expansion de la ville moderne d'Antakya. Dans les années 1960, le dernier pont Romain a été démoli pour faire place à un moderne pont à deux voies. L'extrémité Nord d'Antakya a connu une croissance rapide au cours des dernières années et ses constructions ont commencé à recouvrir une grande partie de la ville ancienne, bien que protégée par le musée local, à coup de bulldozers.
Pour
d'autres détails sur la ville voir les ouvrages de :
Gunnar Brands :
- Orientis apex pulcher – Die Krone des Orients. Antiochia und seine Mauern in Kaiserzeit und Spätantike, pp. 10–16,
Antike Welt 35, N°2, Raggi-Verlag, Küsnacht-Zürich, 2004 - Philip Von Zabern, Mainz, 2004.
Raymond Edward Brown et John P.Meier :
- Antioche et Rome, Collection : Lectio divina 131, Les Éditions du Cerf, Paris, 1988.
Bernadette Cabouret, Pierre-Louis Gatier et Catherine Saliou :
- Antioche de Syrie, Topoi Orient Occident. Supplément 5, Société des amis
de la Bibliothèque Salomon Reinach, Lyon, 2004 - De Boccard diffusions, Paris, 2004.
Sheila Daune Campbell :
- The mosaics of Antioch, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, Toronto, 1988.
Fatih Cimok :
- Antioch on the Orontes, A Turizm Yayinlari, Sultanahmet, Istanbul, 1994.
Glanville Downey :
- A history of Antioch in Syria. From Seleucus to the Arab conquest, Princeton University Press, Princeton, 1961.
George W.Elderkin et Richard Stillwell :
- Antioch-on-the-Orontes. 1, The excavations of 1932, Princeton University Press,
Princeton, 1934 - Oxford University Press, London, 1934 - Martinus Nijhoff, The Hague, 1934.
Wolfram Hoepfner :
- Antiochia die große, geschichte einer antiken stadt, pp. 3–9I, Antike Welt 35, N°2, Raggi-Verlag, Küsnacht-Zürich, 2004 - Philip Von Zabern, Mainz, 2004.
Christine Kondoleon :
- Antioch. The lost ancient city, Princeton University Press, Princeton, 2000 - Worcester Art Museum, Worcester, 2000.
Jean Lassus et Richard Stillwell :
- Antioch-on-the-Orontes. 5, Les portiques d'Antioche, Princeton University Press, Princeton, 1972.
Vitallien Laurent :
- La chronologie des gouverneurs d’Antioche sous la seconde domination byzantine, pp. 219–254,
Mélanges de l’Université Saint-Joseph 38, Imprimerie Catholique, Beyrouth, 1962.
Georges Le Rider :
- Antioche de Syrie sous les Séleucides : Corpus des monnaies d'or et d'argent - I, de
Séleucos I à Antiochos V c. 300-161, Académie des Inscriptions et belles-lettres, Paris, 1999.
Jules Leroy :
- Antioche, Collection : Bible et terre sainte, N°128, Bayard-Presse, Paris, Février 1971.
John Hugo Wolfgan Geideon Liebeschuetz :
- Antioch : City and imperial administration in the later Roman Empire, Clarendon Press, Oxford, 1972 - 2000.
Charles Rufus Morey :
- The mosaics of Antioch, Longmans, Green and Co., London, New York, 1938.
Richard Stillwell :
- Antioch-on-the-Orontes. 2, The excavations of 1933-1936, Princeton University Press,
Princeton, 1948.
- Antioch-on-the-Orontes. 3, The excavations of 1937-1939, Princeton University Press,
Princeton, 1941.
Klaus-Peter Todt :
- Phoibos Apollon oder Hl. Babylas ? Zum kampf zwischen griechischem und christlichem Kult
im Antiochia des 4. Jahrhunderts, pp. 21-39, Krise und Kult, Vorderer Orient und Nordafrika von
Aurelian bis Justinian, Berlin, 2010.
Dorothy B. Waage :
- Antioch-on-the-Orontes. 4-Part. two, Greek, Roman, Byzantine and Crusaders’
coins, Princeton University Press, Princeton, 1952.
Frederick Oswin Waage :
- Antioch on the Orontes. 4-Part. one, Ceramics and islamic coins, Princeton University Press, Princeton, 1948.
Jacques Weulersse :
- Antioche,
IFAO, Le Caire, 1935.
Tobias Zander :
- Antiochias rolle in der ausbreitung des Christentums, München, 2004.
|
|
|
Pour plus de détails voir aussi : L'histoire des Séleucides |
|
|